• Interview de Cléa vincent. Jeudi 20 novembre, Pop In.
    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    Interview de Cléa Vincent, 20 novembre 2014

    Un an et demi plus tard, Little John’s Pop Life retrouve Cléa Vincent pour une longue interview, dans le cadre de la sortie de l’EP « Non Mais Oui 2/2 ». Une interview dans les mêmes conditions qu’en avril 2014 : toujours au Pop In, toujours à l’ouverture du bar ; et pourtant Cléa a fait du chemin, et elle n’est pas prête de faire une pause.

    Baptiste & Gérald : On s’est vu en avril 2014, pour la sortie de l’EP « Non Mais Oui 1/2 » ; à l’époque tu étais contente car on parlait « un peu de toi ». Depuis quelques semaines, ton nom se retrouve davantage dans les médias, et notamment dans les médias à la mode. J’imagine que tu es ravie ! Comment tu expliques ce succès ?
    Cléa Vincent : J’ai l’impression que c’est un cumul de petits événements. Il y a eu effectivement ce premier EP sorti en février avec Retiens Mon Désir qui a fait le « buzz », même si je n’aime pas le mot ! C’était une sorte de premier volet, une première clé d’entrée. Et puis il y a eu le spectacle Garçons; la presse a été plutôt bien informée de cet événement, parce que ça se passait pendant tout le mois juillet, parce que c’était aux Trois Baudets. Et enfin il y a eu Château Perdu, qui est sorti six mois plus tard, en octobre avec un clip assez réussi. C’est Michelle Blades qui a fait le clip. Elle fait partie du label Midnight Special Records, elle est la conseillère visuelle du label et par ailleurs une musicienne/chanteuse hors pair, une réalisatrice de clip fantastique, un vrai petit géni. Je reviens à Château Perdu : ce morceau est une clé d’entrée encore plus pop et plus directe que Retiens Mon Désir, c’était je pense un bon choix de deuxième morceau pour en remettre une couche, une façon d’insister pour qu’on écoute ma musique.

    Finalement, le petit succès actuel s’inscrit dans une succession de vagues, qui montrent aux gens qu’on bosse beaucoup, qu’on ne se précipite pas, et qu’on a vraiment envie de faire ça de nos vies, sans jamais rien lâcher. Côté radio, Château Perdu ne passe pas plus ni moins que Retiens Mon Désir ; on passe beaucoup sur les radios locales, les radios étudiantes et sur FIP. L’accès aux grandes radios est beaucoup plus difficile pour les indés. En revanche Château perdu est en rotation sur M6 et W9.
    On est tous très heureux de bosser ensemble, à notre rythme, à notre manière. Et avoir tant de résultats avec si peu de moyens, c’est miraculeux. Ce n’est pas l’argent qui compte : les journalistes s’intéressent à tout, aux grands comme aux petits projets. Il y a un vrai intérêt pour l’art. On pourrait penser que les journalistes sont payés pour écrire des articles, ben en fait non  (rires) !!

    B & G : Le deuxième EP, "Non Mais Oui 2/2", est-il meilleur que le premier ?
    CV : On a progressé en prod’, mais ce n’est pas moi qui ai progressé (rires), j’ai laissé plus de place au réal’, Raphaël Léger, qui est aussi le batteur du groupe. Sur le premier EP, il avait réalisé disons 30%, et là sur le deuxième je l’ai laissé réaliser 100%, quasiment. Il est super bon, je lui ai vraiment laissé beaucoup de place et j’ai bien fait.

    B & G : Quels sont les différences et les points communs de ces deux EP ?
    CV : J’ai l’impression qu’on sent que c’est la même personne qui a écrit le premier et le deuxième EP, heureusement ! Ce sont des chansons inspirées d’émotions particulières, des histoires d’amour, toujours. Les deux EP se font écho, il y a ce thème général qui n’a pas changé. La différence fondamentale se situe plus au niveau des sensations : le premier EP est plus chaleureux, un peu plus estival, alors que le deuxième est un peu plus hivernal. D’ailleurs l’un est sorti est au printemps, et l’autre en hiver.

    B & G : Comment se sont enchaînées composition et sélection des morceaux ?
    CV : Château Perdu a été composé juste après la sortie du premier EP. On a fait écouter une dizaine de morceaux à Victor Peynichou du label Midnight Special Records. Dans ces dix morceaux il y en avait des nouveaux et des anciens. On a finalement fait un mix. Ce Soir J’y Ai Pensé, je l’ai composé il y a longtemps, il y a au moins trois ou quatre ans. Dérives Du Lendemain, idem, c’est une ancienne chanson.

    B & G : Les concerts sont beaucoup plus denses également, maintenant que tu es accompagnée de trois musiciens. C’était voulu ? C’est ton groupe ?
    CV : J’avais toujours refusé d’avoir un bassiste, en me disant que la basse ça faisait chier (rires), mais j’ai fini par lâcher prise, en fait le groove d’une basse est difficile à remplacer. La dernière personne arrivée dans le groupe est donc le bassiste, qui est aussi mon coloc’, et également mon cousin germain ! Je l’adore, il joue hyper bien. Depuis qu’il est dans le groupe, il y a une nouvelle dimension. Ca joue mieux. On se lâche d’avantage…
    Il y a aussi Raphaël Thyss – qu’on appelle Rafyton, afin de le distinguer de Raphaël Léger – qui est au clavier et à la trompette, et qui était le seul vrai garçon sur scène lors du spectacle "Garçons" (cf. interview et live report).
    Et enfin la rencontre avec Raphaël Léger, le batteur de Tahiti 80. Lui, c’est la touche miraculeuse, si je ne l’avais pas rencontré, je n’en serais pas là aujourd’hui. Il a apporté un groove, mais aussi un minimalisme dans la batterie électronique que j’attendais depuis toujours. Il est vraiment très présent dans la réalisation de ma musique. Il fait partie du processus créatif et du coup je pense que cela se ressent sur scène parce qu’il est chez lui, c’est aussi son bébé (je déteste aussi cette expression, mais tant pis ! (rires).

    Au Point éphémère, un saxophoniste et deux choristes nous accompagnaient, mais bon on n’a pas pu les emmener en tournée, sinon il aurait fallu un bus pour transporter tout ce monde ! D’ailleurs, un petit mot pour une des deux choristes, Malvina Meinier qui joue dans le clip de Retiens Mon Désir et qui est surtout auteur-compositeur-interprète. C’est un monument ! Quand son clip va sortir, ça va mettre une claque à tout le monde. C’est une Martienne. Elle écrit pour des orchestres symphoniques. C’est un génie cette fille.

    B & G : Comment se passe la tournée ?
    CV : C’est donc ma deuxième tournée, qui est en deux parties. Elle redémarre le 18 décembre. La première s’est très bien passée. J’ai quasiment tout booké toute seule, donc j’apprends sur le tas cette tâche-là. Je suis retournée dans des salles géniales : le Chaff à Bruxelles par exemple. Et puis je cherche des nouveaux endroits à travers la France. C’est super de voir qu’on a davantage de retours, qu’on a des meilleurs cachets, qu’il y a de plus en plus de monde. C’est comme un puzzle qui prend forme petit à petit. Il y a une histoire aussi qui se crée avec le groupe. On a progressé dans notre façon d’arriver dans les salles, de se préparer… Donc ça fait plaisir de voir que ces tournées de type Do It Yourself fonctionnent !
    Et on est allé en Islande aussi, on a joué deux jours de suite. C’était dans le cadre du Iceland Airwaves Music Festival. Il y avait beaucoup de groupes islandais et quelques groupes internationaux. C’est un festival plutôt orienté pop-rock indé et électro indé. On y est allés pour voir des concerts, et on a réussi à trouver deux dates en off. La Femme aussi était là, sur la grande scène du festival. Ils sont adorables, mais aussi super talentueux et très créatifs. Ils s’autorisent à peu près tout. Par exemple dans la façon de s’habiller : un des gars de La Femme, Sam, avait acheté une grosse peau de bête en Islande, et il avait mis en dessous une espèce de pyjama rouge en une pièce, genre cow-boy. Sur scène il avait trop la classe, c’était trop marrant !

    B & G : Ça fonctionne la French Pop à l’étranger ?
    CV : Les Islandais ont beaucoup aimé notre concert. Et le concert de La Femme c’était la folie ! Le public les attendait avec impatience, ils connaissaient les morceaux. Ils ont fait un chahut d’enfer.

    B & G : Qu’est-ce-qui a changé dans ta façon de faire des concerts ?
    CV : J’ai trouvé l’équipe, le groupe, alors on arrive plus confiants. Je doute moins de moi-même depuis que je joue avec trois mecs, car je sais que ça leur fait plaisir d’être avec moi en tournée. J’essaie de ne plus me prendre la tête, et de profiter de chaque concert. J’essaie aussi d’être moins timide.

    B & G : Cléa Vincent c’est devenu un groupe en fait ?
    CV :  je considère que je fais partie d’une famille de gens. A l’intérieur, il y a mes musiciens, mais d’autres musiciens comme Kim Giani, Noé Beaucardet, Olivier Ikéda, Alexandre Bourit par exemple. A tout moment, je peux les appeler pour leur proposer des projets, et vice-versa. Par exemple, quand j’ai su qu’il y avait une place de multi-instrumentiste dans "Garçons", j’ai tout de suite pensé à Raphaël Thyss et j’ai proposé son nom. J’aime bien cette idée de collectif, où l’on sait qui sait faire quoi.

    Interview de Cléa Vincent, 20 novembre 2014

    B & G : Et parlons un peu de Baptiste W. Hamon. Pourquoi l’avoir invité lui sur ton deuxième EP, et pourquoi le choix de cette chanson de Daniel Darc ?
    CV : On a choisi de faire cette chanson, Seul Sous La Lune, la veille pour le lendemain. Il nous fallait une reprise, j’avais envie d’une reprise, mais on ne savait pas trop quoi faire, surtout après avoir repris All That She Wants de Ace of Base, qui est un morceau archi connu. Et puis j’ai pensé à ce morceau de Daniel Darc, mais je ne me sentais pas de parler le texte, ça ne m’allait pas vraiment. Raphael Léger a pensé à Baptiste W Hamon, et cela nous a semblé évident. Je le connais assez bien car il y a cinq ans on avait fait une cassette audio, la face A c’était lui, la face B c’était moi. On a commencé exactement en même temps à faire de la chanson en français.

    B & G : Et peux-tu nous révéler un secret : d’où vient cette casquette Chablis que porte Baptiste W. Hamon ?!
    CV : Je ne sais pas d’où vient la casquette originale, car celle qu’il porte est une copie. Quelqu’un avait cassé l’originale et l’a refaite faire ! Pour plus de détails, il faudra lui poser directement la question !

    B & G : La suite : tu avais déclaré à la sortie du premier EP « j’aimerais bien autoproduire mon album ». C’est toujours d’actualité ?
    CV : Avec Midnight, on va monter une structure. L’idée est de s’associer pour mes prochains enregistrements. Rester libres et propriétaires des bandes. Au printemps, on sortira un single, ça c’est sûr. Je suis très à l’aise avec le format court de l’EP : un single avec un clip, et quelques morceaux qui gravitent autour. Je trouve cela pas mal qu’après avoir sorti plein de formats courts, tu puisses sortir un format long, avec un choix de morceaux qui sont déjà parus. C’est un peu l’idée originale du 33 tours : une compilation des meilleurs chansons du 45 tours. Un album c’est beaucoup d’investissement, beaucoup de pression, il y a beaucoup d’enjeux financiers et cela peut tomber à l’eau. En gros, l’album c’est le bac, et les EP c’est le contrôle continu ! Donc plus ça avance, plus je compte sortir un nouvel EP, pas d’album pour le moment.

    B & G : Qu’est-ce-que tu écoutes en ce moment ?
    CV : Je suis très contente car en France il y a beaucoup de choses excellentes qui sortent. En ce moment, j’écoute Forever Pavot, je trouve leur album top. Il y aussi Julien Gasc, que j’aime beaucoup, et Aquaserge. C’est très libre comme musique. Ça me donne envie de sortir des formats habituels.

    B & G : Ton prochain concert ?
    CV : Je serai en première partie de Mustang lundi 24 novembre au Point éphémère, et je suis très heureuse ! J’aime tout chez Mustang : les thèmes abordés, le rythme ; les mélodies sont géniales, les textes sont fabuleux. Ils ont quand même réussi à sortir trois albums, les trois sont bons, tous les morceaux sont bons. Je trouve ça hallucinant. Les trois musiciens sont très charismatiques. Et pour info, j’ai commencé une petite collaboration avec Johan Gentile (le bassiste de mustang), on commence à écrire des chansons ensemble.


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  • - Ashtray : Wonder Machine

    - Planes : Cosas importantes

    - Mustang : Ce n'est pas toi

    - Marble Arch : Antiscript

    - Jessica93 : Asylum

    - Motorama : Dispersed Energy

    - Aline : La Rivière est profonde

    - Jennie Vee : Die Alone

    - La Féline : Adieu l'enfance

    - Alma Forrer : Bobby

    - John & Betty, avec Alain Chennevière et Gunnar Ellwanger : The green leaves of summer

    - Baptiste W Hamon : Tranchées


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  • Interview d'Alexandre Gimenez-Fauvety, 20 octobre 2014, Le Lock Groove (15 Rue Roger, 75014 Paris).
    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    La commauté Pop Indé : interview d'Alexandre Gimenez-Fauvety

    Nous continuons notre dossier sur la communauté pop indé française avec une interview passionnée et passionnante d'Alexandre Gimenez-Fauvety, qui, avec son frère Etienne, a fondé le blog « Requiem Pour Un Twister » puis deux labels dédiés à l'édition de vinyles de musique indie pop, garage, psychédélique, power pop et shoegaze (« Croque Macadam » et « Requiem Pour un Twister »).

    Baptiste & Gérald : Peux-tu nous présenter vos différents projets ? D'abord le blog « Requiem Pour un Twister » ? Et les labels Requiem et Croque Macadam ?
    Alexandre Gimenez-Fauvety : Etienne et moi avons fondé le blog « Requiem Pour un Twister » en 2007. Au départ, notre blog était très orienté oldies, 60's. Puis on s'est remis à écouter des nouveautés, et donc à en parler dans le blog : Ty Segall, les Black Lips, Jay Reatard, ... Avant, on écoutait déjà de l'indie mais ces artistes nous parlaient beaucoup plus, car mon frère et moi avons un gros background 60's. Ça nous rappelait nos références mais sans être des copies conformes un peu chiantes.

    B&G : Quelles sont vos références ?
    AGF : Pour moi, les Byrds sont le plus grand groupe de tous les temps. Leur son jangly me rend fou. Et aussi les Beatles, Big Star, les Buzzcocks, les Beach Boys. Je suis un grand fan des groupes en B, c'est une obsession. J'aime beaucoup les Undertones, malheureusement c'est un groupe en U ! Les Zombies, les Mighty Lemon Drops, les Shop Assistants, Orange Juice, Monochrome Set, Hit Parade, New Order, les Cleaners From Venus, le premier Primal Scream.

    B&G : Des références françaises ?
    AGF : Je suis très fan des Calamités. Leur single Vélomoteur est un très bon morceau. Il y a aussi Marie Et Les Garçons, Gamine, les Freluquets, les Stagiaires, un groupe de Bordeaux qui faisait des choses très drôles.

    B&G : Ton frère et toi êtes tombés dans la marmite en même temps ?
    AGF : Etienne et moi avons deux ans de différence. Je suis le plus vieux, même si ça ne se voit pas (rires). Eh oui, j'ai trente et un ans ! On a commencé à écouter de la musique en même temps. D’abord du rock, comme tout le monde, quand nous étions petits, à l'âge de neuf ou dix ans : les Beatles, et d'autres choses moins avouables comme Queen ou Police. Au lycée, j'ai écouté beaucoup de musique électronique. Puis vers l'âge de 25 ans, je suis revenu au rock, via l'indie pop britannique, avec des groupes tels que Franz Ferdinand ou Bloc Party. Et surtout les scènes underground américaines : garage, psyché, post-punk. Ca correspondait plus à ce que j'étais que l'indie britannique. Pour moi, Jay Reatard a été une révélation. J'adore la démarche de ces groupes américains : ils font les trucs et s'en battent les couilles. Ils enchaînent les singles et font un album par an, sans se poser de question, sans perdre leur identité. C'est ce que je reproche parfois à des groupes français : ils réfléchissent trop et ils veulent trop en faire quand ils passent du single à l'album. Ceux qui ont réussi ce passage, en gardant leur identité, ce sont les Aline. Ils ont réussi à garder leur naïveté et leur romantisme, et même à les amplifier sur l'album « Regarde le Ciel ». Je Bois Et Puis Je Danse est un hymne générationnel pour la communauté indie pop en France et a aussi un potentiel évident pour toucher le grand public. Ils  ont réussi l'alliance parfaite entre indie pop, guitares jangly et rythmiques dansantes à la New Order. Ça m'a beaucoup touché. Mustang aussi, ils ont préservé leur identité, ils sont cohérents.

    B&G : Quelle était votre motivation à la création du blog « Requiem Pour un Twister » ?
    AGF : Avant tout parler de ce qui nous amusait, partager nos découvertes, nos émotions et les musiques qui nous font ressentir des choses fortes. On est poussé par une puissance qui est la musique, on a envie de s'impliquer, on a envie que les gens connaissent les groupes qu'on écoute plutôt que des trucs affreux que je vais éviter de citer. Je pense que c'est vraiment pour cela qu'on démarre un blog musical.

    B&G : D'ailleurs, la communauté pop française est très vivante, en particulier avec de nombreux blogs qui défendent vraiment une certaine idée de la musique et toute la scène française actuelle.
    AGF : Oui, ça a démarré vers 2009 / 2010, avec les Young Michelin - Aline, Mustang, Pendentif, Marc Desse, Lescop, La Femme, Moodoïd, Superets, …

    B&G : Après le blog, ton frère et toi avez décidé de monter des labels, « Croque Macadam » et « Requiem Pour un Twister ». Pourquoi et comment ?
    AGF : En fait, après le blog, l'étape suivante, c'était soit d'organiser des concerts, soit de faire des disques. Et comme on est des gros nerds des disques vinyles, on a voulu monter des labels. C'est moi qui me suis lancé le premier en 2011. C'est venu d'un pari avec des potes, les Guillotines. Je leur avais dit que s'ils enregistraient des morceaux et que je les trouvais cools, je m'engageais à les sortir. Ils ont enregistré quatre morceaux, dont deux qui m'ont plu tout de suite. Banco ! J'ai sorti le premier single en septembre 2011. Je l'ai fait tout seul, sans Etienne. C'est pour cela que je n'ai pas repris le nom « Requiem Pour un Twister » et que j'ai nommé le label « Croque Macadam ».

    B&G : Pourquoi le choix de ce nom ?
    AGF : Je suis un grand fan d'un label qui s'appelle « Burger Records ». Donc je me suis demandé quel était l'équivalent français du hamburger. C'est le croque-monsieur ! Il y avait aussi une chanson sur le bitume. Et ça a donné « Croque Macadam ». Je me suis dit que c'était assez con pour qu'on retienne ce nom facilement. Et, étonnamment, les gens ne le retiennent pas, ils disent « Croque Madame » une fois sur deux. Au moins, le nom n'est pas passe-partout, et j'ai une histoire que je peux raconter.

    B&G : Et l'autre label, « Requiem Pour un Twister » ?
    AGF : C'est le label que mon frère a monté. Quand j'ai sorti les singles des Young Sinclairs, on l'a fait ensemble. Ca a permis à Etienne, qui souhaitait aussi monter un label, de faire ses premières armes et de voir comment faire. Comme le nom « Requiem Pour un Twister » avait une petite renommée grâce au blog, il s'est dit que c'était dommage de ne pas en profiter. Le fait d'avoir deux labels avec deux noms différents crée un peu de confusion. Du coup, en mars de cette année, on a monté une structure juridique commune. L'idée, c'est que les singles sortiront sous le nom « Croque Macadam » et les albums sortiront sous le nom « Requiem Pour un Twister ».

    B&G : Comment vous y prenez-vous pour faire de la promo quand vous sortez des disques ?
    AGF : Je n'aime pas faire des choses sales, comme du mailing intempestif et massif. Je préfère contacter des gens qui ont un peu mon point de vue, qui vont me comprendre, qui ont le même langage que moi. D'ailleurs, je ne parlerai pas forcément aux gens que je contacte de tous les disques que je sors, je vais cibler sur des choses qui sont susceptibles de les toucher. Typiquement, quand je vous avais contactés sur votre blog, je vous avais parlé de Triptides et de Marble Arch car je pensais que ça vous correspondait.

    B&G : Tu as bien ciblé. Parmi les groupes de vos labels, on aimait déjà beaucoup les Young Sinclairs et Venera 4, et, grâce à ton message, on a découvert Triptides et Marble Arch, qui font vraiment de très belles choses.
    AGF : On sort le premier album de Venera 4 en janvier 2015. Pour cette sortie, on va faire une promo plus professionnelle. En fait, on sort des disques qui ressemblent à la musique qu'on aime : indie pop, shoegaze brumeux, guitares jangly façon Byrds, garage, power pop 70's un peu musclée, psyché.

    B&G : Comment découvrez les groupes ? Est-ce que vous les contactez ou est-ce que ce sont les groupes qui vous contactent ?
    AGF : Ca dépend. Par exemple, les Departure Kids m'ont contacté sur le blog pour que je chronique leur premier single. J'avais beaucoup aimé, je suivais ce qu'ils faisaient, et un copain du label Howlin' Banana m'a proposé qu'on sorte ensemble leur premier album. Ça me fait vraiment plaisir de défendre leur musique. Pour Marble Arch, c'est différent. Dès qu'ils ont posté leur musique, on a tout de suite aimé et on a été très rapides pour sortir leur disque en commun avec un autre label qui s'appelle Le Turc Mécanique. Pour Halasan Bazar, c'est un copain qui nous a fait connaître leur premier album qui n'était sorti qu'en cassette. On les a vus en concert et on les a trouvés géniaux. Du coup, on leur a proposé de rééditer leur album en vinyle, en partenariat avec le label américain qui avait sorti leur cassette. Franchement, leur album est superbe, très psyché, qui fait penser à Love, avec aussi des côtés Syd Barrett.

    B&G : Vous organisez aussi les soirées « Psychotic Reaction » ? Tu peux nous dire un mot sur ces soirées ?
    AGF : Oui, depuis maintenant un an, avec Howlin' Banana, Bong, Walking With The Beast et Yummy de Radio Campus Paris, on organise des soirées à l'International, avec des concerts de groupes garage, punk, shoegaze, psyché ou indie pop, venant de Paris et de province. L'idée était de créer une sorte de hub, de rendez-vous régulier. On essaye toujours de faire une soirée avec une tête d'affiche porteuse et des groupes plus confidentiels. L'idée est de profiter de la notoriété d'un groupe pour mettre le pied à l'étrier à des groupes moins connus. On a fait jouer d'excellents groupes : Forever Pavot, Pain Dimension, Travel Check, Sudden Death Of Stars, Venera 4, Lucid Dreams, Beat Mark, … Ce qui est très bien avec l'International, c'est qu'il y a un cachet fixe qui permet de faire venir des groupes de Province. Je pense qu'ils y sont gagnants car certaines soirées ont vraiment été blindées.

    B&G : Revenons aux groupes que vous avez sortis sur vos labels. The Young Sinclairs par exemple. C'est le plus gros groupe que vous avez signé, le plus « établi ». Comment cela s'est-il passé ?
    AGF : Etienne et moi étions des grands fans des Young Sinclairs. On se demandait pourquoi ce groupe n'était pas plus reconnu. On voulait acheter leurs disques et on leur a envoyé un mail pour savoir si le groupe existait encore. Comme ils nous ont répondu que oui, même s'ils n'avaient rien sorti depuis deux ans, on a tenté un super banco en leur posant la question « Ça vous dirait de sortir un 45 tours avec nous ? ». Ils étaient d'accord et nous ont donné une liste de titres qui n'étaient jamais sorti en physique. Et comme il y avait trop de morceaux bien, on a sorti deux 45 tours. Un premier, « Hurt My Pride », tiré à 300 exemplaires, dans un style garage, avec aussi un morceau folk rock. Un second plus indie pop, « New Day », tiré à 200 exemplaires. Ils vont sortir un album sur un label anglais, le label du gars de Cornershop. On a l'impression qu'on a relancé l'intérêt pour les Young Sinclairs, et on est très contents et très fiers de cela.

    B&G : Dans les groupes qui sont sortis sur vos labels, nous aimons aussi beaucoup Triptides. Bravo pour les pochettes de leurs trois 45 tours, qui rappellent les pochettes de Sarah Records et des Smiths.
    AGF : Tout à fait, comme c'est notre groupe le plus indie pop, on voulait vraiment faire un clin d’œil  à Sarah Records et aux Smiths. Les Triptides préparent actuellement un album, qui sortira sur Requiem. On a d'ailleurs un vrai échange avec eux pendant l'enregistrement. Ils nous envoient les morceaux et nous demandent notre avis. On les pousse à mettre un maximum de guitare 12 cordes bien jangly.

    B&G : Quels sont vos objectifs à court ou à moyen termes ?
    AGF : Le premier objectif, c'est d'être à l'équilibre financièrement et de ne pas perdre d'argent : par exemple faire des pressages à 500 copies et tout vendre. L'autre objectif, c'est d'arriver à donner plus de visibilité à nos disques, à trouver le temps de faire plus de promotion. Pour nous, le rêve serait de réussir à accompagner nos groupes plus longtemps. Par exemple, permettre aux prochains  Superets ou Forever Pavot de grandir avec nous : sortir un EP, un deuxième EP, puis un album, trouver un tourneur qui donne accès à des salles plus importantes, être programmé sur des radios nationales … Actuellement, un label comme Entreprise, qui a un catalogue très cohérent et qui fait un très beau travail de fond, a permis aux Superets d'avoir le développement qu'on ne pouvait pas leur offrir après leur premier 45 tours avec nous. Idem pour Forever Pavot qui a sorti son album chez  Born Bad Records, un label qui a une éthique et qu'on respecte beaucoup.

    B&G : On va terminer l'interview avec un questionnaire « Dernier Coup ». Dernier coup de cœur ?
    AGF : Ma dernière grande découverte musicale, c'est l'album « Phaedra » de Tangerine Dream, un groupe allemand des années 70.

    B&G : Dernier coup de gueule ?
    AGF : Un coup de gueule général contre la récupération du vinyle par les grosses maisons de disques et par des gens qui n'en comprennent pas les tenants ni les aboutissants, qui n'ont pas de passion pour l'objet vinyle et qui y voient juste une opportunité commerciale. Pour les petits labels comme nous, ça fait augmenter les prix, les tailles et les délais de pressage. Aujourd'hui, il y a de moins en moins de presseurs qui acceptent des séries de 300 copies. La plupart exigent un volume minimal de 500 copies et, pour nous, 500 copies, ça devient assez risqué financièrement. Je trouve aussi que les prix des vinyles chez les disquaires, qui ne font que subir et répercuter les prix auxquels ils achètent, sont parfois trop chers. Un prix correct pour un LP, c'est 15 à 16 Euros. Au delà de 20 Euros, ç'est vraiment cher. Et je ne parle même pas des rééditions à 25 ou 30 Euros, avec des masterings débiles faits en digital.

    B&G : Dernier coup dur ?
    AGF : Entre mai et septembre 2013, je n'ai rien sorti. J'ai même failli arrêter le label car je n'avais plus de trop de projets. J'étais aussi assez triste de perdre Superets. Et quand j'ai vu les disques que mon frère a sortis, ça m'a relancé. Ensuite, les groupes Baston et Pain Dimension sont arrivés. C'était reparti ! Maintenant, on a sept ou huit sorties prévues pour l'année 2015 : Venera 4, Future, Triptides, Pain Dimension, les Guillotines, peut-être un groupe suédois. Notre limite actuelle, c'est qu'on ne peut pas financer directement tous ces projets. Il faut donc rentrer de l'argent avec les disques qu'on sort pour pouvoir sortir les prochains. Mais cette limite est saine car elle nous permet de faire un investissement qui n'est pas seulement financier, qui est avant tout un investissement personnel. Ça nous permet de rester impliqués pour défendre nos groupes, de faire le maximum pour les faire connaître et pour leur trouver un « chez-eux » où on les écoute. Je crois dans mes disques, je suis persuadé que si Etienne et moi aimons nos disques, d'autres personnes vont aussi les aimer, vont comprendre notre démarche et notre sensibilité.


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  • “Threelease Party” Cléa Vincent (+ The Rodeo + O) : Le Point éphémère, Mercredi 29 octobre 2014, 21h.
    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    Double coup d’envoi la semaine dernière dans la plus fameuse salle de concert du Quai de Valmy pour Cléa Vincent : la sortie de l’EP « Non Mais Oui 2/2 », suite mathématique de « Non Mais Oui 1/2 », et le début de sa tournée en France mais également à l’étranger (quelques dates prévues en Belgique, en Islande, en Suisse).

    Live report : release party de Cléa Vincent (Non Mais Oui 2/2)

    Considérant l’attention particulièrement heureuse des médias et des sites de distribution pour Cléa, cette release party ne comptait pas pour du beurre. A en juger par le public nombreux venu voir le clou du paysage French Pop, on réalise l’immensité du chemin parcouru depuis notre première rencontre en avril dernier. Et ce succès est tout sauf volé. Plusieurs raisons à cela : une œuvre certes encore jeune (deux EP), mais d’une grande cohérence, ce qui ne signifie pas que les deux volumes se ressemblent… Comprendront ceux qui auront écouté ! D’une nature jovialement décalée, Cléa est aussi tout simplement une artiste attachante, mais elle a su donner à ses morceaux une dimension et une densité supplémentaires, notamment en y associant des musiciens talentueux et tout aussi enthousiastes. Le tubesque Château Perdu et une version retravaillée du sautillant Retour de l’Homme en furent les preuves les plus évidentes lors de ce concert. Enfin, retenons, avec l’intervention de l’excellent Baptiste W. Hamon, casquette « Chablis » vissée sur une tête chaque mois plus pleine de cheveux, la reprise de Seul sous la lune de Daniel Darc, extrait de la face B du dernier EP de Cléa Vincent. Dans un tout autre genre, la reprise de Ace of Base All That She Wants, est un pur régal ! Cléa, Baptiste, et tous les autres : bravo. Point barre !

    Un petit mot sur The Rodeo (désolé O, nous sommes arrivés à la bourre ...), qui faisait son retour sur scène après plusieurs mois d’absence. Retour gagnant, assurément : la voix de Dorothée ne cessera jamais de faire remuer son public, notamment sur Cold Heart, et l’orchestration est toujours très au point et « bien fichue ». Un EP est paru au début du mois d’octobre, intitulé « Tale Of Woe » : ne pas manquer Please Don’t Knock At My Door ou Holding You Tight, pop songs par excellence, allant au bout de la logique folk symphonique, intégrant la candeur de paroles à la portée universelle.

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