• Bye Bye Bowie ...

    Bye bye Bowie ...

    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    Bye Bye Bowie

    David Bowie est mort, vive David Bowie ! Pour finir, il aura réussi à organiser à la fois la sortie de son dernier album "Black Star" et sa propre sortie. Protéiforme est un adjectif qui pourrait résumer sa carrière et ce qu'il représentait. Une capacité innée, et presque magique, à ingurgiter des influences, à les déconstruire et à les restituer transformées, magnifiées. Un mouvement qui a très rapidement abouti à faire de Bowie une inspiration, qu'elle soit majeure ou partielle, de la plupart des groupes de pop et de rock. David Bowie, ou l'art de toujours rester dans l'air du temps, et parfois même l'art de s'inscrire au-delà de l'air du temps et au-delà des modes. C'est le sens du slogan bien trouvé par le label américain RCA chargé d'orchestrer la sortie de l'album "Heroes" en 1977 : "There's Old Wave, There's New Wave, and There's David Bowie". 

    Tant il a marqué par sa musique et sa personnalité fantasque les 40 dernières années, nous avons demandé à plusieurs personnalités d’exprimer en quelques phrases le lien qu'ils ont entretenu et qu'ils continueront d'entretenir avec cet artiste. David Bowie et eux...

    Pierre Mikaïloff (musicien, journaliste et écrivain, qui a publié en 2015 les livres "Post-punk - 1978-85" avec Pierre Terrasson et "Françoise Hardy, tant de belles choses") :

    Bowie, c’est un artiste sur lequel je n’accrocherai pas vraiment jusqu’à la sortie de "Low". Jusqu’ici, j’avais écouté "Diamond Dogs" et "The Man Who Sold the World", échangés contre je ne sais quoi dans la cours de récré. Je les avais trouvés « pas mal », mais hormis quelques morceaux, je n’accrochais pas. Et puis, il y a eu cette cassette achetée à Venise et écoutée en boucle pendant un mois. Avec le souvenir d’un lever de soleil sur une autoroute italienne, une lumière rasante, un horizon vide, désolé, martien. L’autoradio joue Warszawa. Moment parfait.

    Sébastien Crépinior (musicien, chanteur du groupe Thesaintcyr) :

    Tout d'abord David Bowie est le seul artiste permettant d' assouvir les différentes facettes de mon univers musical : du Glam à la New Wave de l'Indie Pop au Post Punk, de l'Electro Urbaine à la Soul. Il a en même temps digéré ses influences et réussi à en extraire la substantifique moelle pour apporter, tel un peintre, son édifice à l'art contemporain. Chacun peut ainsi « se référer » à son œuvre selon la période et à en faire sa valeur étalon. Pour ma part, c' est le titre Ashes To Ashes qui va me donner la force créatrice dont j' ai besoin. L'antagonisme entre la basse funk et la voie cold de Bowie est une synthèse parfaite qui nous guide vers une planète musicale que l'on veut toujours explorer.

    Alexandre Gimenez-Fauvety (co-fondateur des labels Croque Macadam et Requiem Pour Un Twister) :

    Bowie était à mon sens un caméléon, comme Gainsbourg. Les deux étaient capables de coller ou de précéder les évolutions sonores de leur époque, tout en exprimant en fond une expression très singulière et personnelle: ils étaient de leur temps mais déjà détachés de celui-ci. Résultat : le glam rock de Bowie a probablement mieux vieilli que celui de Slade ou The Sweet (pour lequel j'ai néanmoins une énorme tendresse). Toujours avant-gardiste et fidèle à lui même, l'Anglais a, me semble-t-il, touché les passionnés de musique français par sa démarche de dandy, lettré et en constant défrichage. J'ai toujours eu le sentiment que les Français aimaient d'avantage dans le rock l'idée de personnalité (qu'incarne à merveille l'Anglais) que la notion de bande (comme peuvent l'être les Beatles pris comme un ensemble plus que comme une somme d'individualités). Niveaux chansons me viennent à l'esprit All The Young Dudes de Mott The Hoople, hymne rock par excellence, The Man Who Sold The World (toute ma génération ayant été marquée par la version unplugged de Nirvana), l'excellente et groovy In The Heat Of The Morning que dynamitaient les Spadassins en live ou encore ma probable favorite Space Oddity sur laquelle il n'y aurait pas grand chose à dire de pertinent tant sa perfection parle d'elle même ; le solo de stylophone reste un moment dément ! Bowie comme Bolan firent leurs premiers pas dans la musique en adoptant le look mod et, si leurs morceaux ne furent pas mémorables dans l'ensemble à ce moment là, il y a déjà dans cette époque le germe de leur look androgyne et flamboyant des années 70.

    Dominique Pascaud (professeur de dessin et de peinture, musicien - entre autres guitariste et compositeur d'Alex Rossi -, et écrivain - auteur en 2015 de "Figurante") :

    J'ai découvert Bowie par mes grands frères, ils écoutaient en boucle "Ziggy Stardust". J'aimais le son et la puissance des mélodies. Puis plus tard j'ai tout écouté de lui. avec un faible pour "Diamond Dogs", le disque le plus sombre. Un titre préféré ? Difficile de choisir, Lady Grinning Soul, que j'écoutais tous les matins avant d'aller au collège. J'aimais tout chez lui, son look, sa voix et le concert des Spiders From Mars reste un must. Je me suis acheté une guitare 12 cordes grâce à lui. J'ai vu Bowie en concert pour "Outside", un moment inoubliable ! Il m'a beaucoup influencé et restera toujours une source d'inspiration.

    Cyril Brière et Nicolas Magenham, du groupe Sans Sebastien :

    David Bowie c'est pour nous une dualité entre l'ombre et la lumière, cette voix grave et profonde qui tout d'un coup jaillit dans la lumière, tranchante et précise. Il crée sans cesse des passerelles entre nos méandres intérieurs et le monde extérieur. C'est un explorateur des temps modernes, un passeur aux allures de petit prince, beau et troublant en diable. Il nous aide en tant qu'artiste, chaque jour, à travailler sur notre singularité, ne pas en avoir peur et savoir en jouer. Il nous aide a fouiller de nouveaux territoires pour garder en éveil la curiosité, l'envie et le désir comme des éternels débutants.

    Cyril: Les photos de lui nu, du clip scandale de China Girl, et publiées dans Ok Magazine sont le doux souvenir de l'un de mes premiers émois adolescents.

    Notre chanson préférée ? Absolute Beginners. Sa période 80's est la moins appréciée, pourtant, quand il décide de faire des tubes, on a quand même droit à des vraies perles pop souvent au dessus de la mêlée : Modern Love, China Girl, Blue Jean, Let´s Dance ou Time Will Crawl. Et surtout, pour nous, Absolute Beginners est rien qu'à son titre génial et en deux mots le meilleur résumé de la vie.

    Notre album préféré ? Difficile d'en choisir un, tant ils sont différents ... Peut être "The Rise And Fall Of Ziggy Stardust" pour ce personnage parfaitement incarné, ambigu et résolument moderne, qui a chamboulé son époque et a traversé les autres sans prendre une ride. Et aussi le dernier, "Blackstar", car c'est un adieu déchirant et absolument fascinant, aller chercher jusqu'au bout les sensations et les magnifier. Avoir fait passer la mort de l'ombre à la lumière restera peut être son héritage le plus bouleversant.

    Gérald Petitjean (blog Little John's Pop Life) :

    Mon premier souvenir de Bowie, c’est le clip de Ashes To Ashes. Je devais avoir environ 10 ans et je regardais la télé. Ca m’avait hypnotisé : la musique, les images, le personnage de clown blanc … Un peu plus tard, j’ai vraiment découvert Bowie, enfin surtout sa période glam, par l’intermédiaire du groupe Suede. Ce fut une vraie claque : Life On Mars, Oh ! You Pretty Things et Changes sur « Hunky Dory », et tous les titres de « The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars » que je connais quasiment par cœur (Starman, Moonage Daydream, Five Years, Lady Stardust, Ziggy Stardust, Suffragette City, Rock’n Roll Suicide, Hang on to Yourself, …). Je me souviens aussi des concerts de Bowie auxquels j’ai pu assister : aux Eurockéennes en juillet 1996, à Bercy en octobre 2003, et surtout à Lyon en février 1996. Mon premier concert de Bowie. Les chansons de l'album « 1. Outside » étaient fascinantes, en particulier The Hearts Filthy Lesson, avec les lignes de guitare étranges de Reeves Gabrels, et l’extraordinaire solo de piano de Mike Garson pendant lequel Bowie mimait un pianiste. Et un moment magique pour conclure : Moonage Daydream, qui replongeait toute la salle en pleine folie glam. Enfin, Bowie, c’est aussi le souvenir de The Man Who Sold The World, joué à la guitare (probablement très mal) à mon petit frère quand il avait 6 ans ... C'est peut-être là que notre blog a démarré ...

     


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