• Interview de Donald Pierre (Romain Guerret), pour la sortie de son single (Elle est partie) Ma panthère en mars 2018

    Par Baptiste & Gérald Petitjean

    (Café de l'Industrie, 24 mai 2018)

    Romain Guerret, aka Donald Pierre et non plus Dondolo, leader du groupe Aline, m'attend sagement en plein cagnard à la terrasse du Café de l'Industrie. Il se montre sous ses plus beaux atours : lunettes de soleil rondes, sneakers à LED (désactivées ce jour pour économiser la pile), et T-Shirt blanc vite transformé en marcel puisqu'il en a très largement retroussé les manches. Un entretien pour adultes.

    Baptiste et Gérald : Pourquoi ne pas avoir continué sous le pseudo Dondolo, bien connu des plus sectaires ?

    Donald Pierre : En réalité, avant de m'appeler Dondolo, je faisais de la musique en tant que Donald. Mais je n'ai pas pu m'inscrire à la Sacem sous ce nom-là… J'ai donc abandonné Donald, et j'ai trouvé ce nom qui y ressemblait, Dondolo. Dondolare en italien, ça veut dire « je swingue », « je me balance », je trouvais que cela sonnait bien. Et puis quand j'ai relancé mon projet solo, j'ai pas eu envie d'avoir le sentiment de revenir en arrière et de reprendre Dondolo, surtout que ça n'avait pas hyper bien marché non plus ! Très peu de gens connaissent. Et j'aime beaucoup Donald Pierre, d'abord parce que ce sont mes deuxième et troisième prénoms, et puis parce que c'est un peu farfelu. Et tu as Trump qui est arrivé… !

    B&G : Sur le style, on a tout de même de grosses différences entre Dondolo et Donald Pierre...

    DP : Donald Pierre se situe en quelque sorte entre Aline et Dondolo. C'est plus personnel aussi. Les sons utilisés sont plus synthétiques. Les morceaux de Donald Pierre ressemblent aux premiers Dondolo, en moins éparpillés. J'ai plus de bouteille aussi…

    B&G : Elctro-pop, disco-pop, pop love… Il y a une étiquette qui te conviendrait ?

    DP : Il faut conserver pop, c'est évident. C'est plus synthétique qu'Aline. Mais tout n'est pas électronique, il y a quand même de la guitare, de la basse. Il y a un côté variété très assumé aussi. Variété-pop peut-être. J'ai eu beaucoup de mal à définir le style lors du lancement des premiers morceaux. Ce que je sais, c'est que j'aimerais être le chaînon manquant entre Michel Delpech et Daft Punk, tu vois le grand écart !

    B&G : On ressent bien, justement, dans ta reprise de Michel Polnareff, Rosy, ce chant à la Delpech...

    DP : Ce n'est pas recherché du tout, le truc c'est que j'ai la même tessiture vocale que Delpech, et les mêmes inflexions de voix. Je peux chanter toutes ses chansons, elles sont toutes dans ma tonalité ! Même s'il ne fait pas partie des artistes que j'écoute tout le temps, j'aime bien ses morceaux. Concernant la reprise de Polnareff, c'est Jean Felzine [ndlr : Mustang, Jo Wedin & Jean Felzine] qui m'a fait découvrir le morceau. Ma version est évidemment moins baroque et pop que l'originale. J'adore Polnareff, Âme câline fait partie de mes morceaux préférés. On l'a d'ailleurs croisé à Bruxelles pendant l'enregistrement du dernier Aline, « La Vie Électrique », il était dans notre hôtel. Il avait privatisé la piscine, on était dégoûtés...

    B&G : Sur les thèmes de tes morceaux, c'est très varié : aventures romanesques ((Elle est partie) Ma panthère),  perspectives situationnistes ou surréalistes (Un soir au Fulgor)…

    DP : Un soir au Fulgor a été co-écrit avec Jean Golo, avec des emprunts de la Brigandine ! J'avais la musique, et je voulais un texte parlé à la Jean-François Maurice.D'ailleurs, je veux être le chaînon manquant entre Jean-François Maurice et Daft Punk, mais comme personne ne le connaît, je l'ai remplacé par Michel Delpech. On a emprunté quelques phrases à des livres issus des éditions de la Brigandine et sa collection de polars érotiques. Fulgor est le nom du héros d'un de ces livres, et j'en ai fait le nom du bar. De fil en aiguille, et de verre de rosé en verre de rosé, on est arrivés sur cette histoire de type qui arrive à Paris, il attend un rendez-vous qui a du retard, il lit un livre pour patienter, il regarde les gens autour de lui, qui piaillent, qui boivent… Et là il voit dans le bar d'en face un fille qui est comme lui tout seul, ils se regardent… On ne sait pas vraiment s'ils finissent par partir ensemble, mais la connexion est faite. Ce morceau veut mettre en scène deux personnes qui sont fatigué du monde moderne, de ses aléas, des portables, des réseaux sociaux. Ce sont des gens qui s'ennuient dans la société contemporaine. On est sur du Debord light! 

    B&G : On a le sentiment d'un paradoxe entre le côté léger et dansant des compos, et les fondements très référencés de certains textes.

    DP : C'est vrai que j'ai envie d'insuffler à ces morceaux d'apparence gaie et farfelue un peu de fond. J'aime bien parler de la société de manière légère, mais c'est très difficile de le faire sans être lourd, didactique, critique… Je ne veux pas tomber dans une posture de niaiserie non plus. Je préfère l’ambiguïté. Je veux que mes morceaux restent adultes, malgré la légèreté…

    B&G : Tu as dit dans une interview que certaines personnes pouvaient trouver tes morceaux un peu « tarte ». Cela t'agace ?

    DP : Non. Ce qui m'énerve c'est la fainéantise de certains qui ne s'arrêtent qu'aux apparences de mes morceaux, et qui ne saisissent pas les différents degrés d'écriture et de compo. Ou bien les gens qui disent que ce que je fais est « comique », ou « drôle »… Non je ne fais pas des sketches. Même si cela paraît léger, l'histoire que raconte Ma panthère n'est pas drôle : les deux protagonistes souffrent. En revanche, je veux bien qu'on me dise que c'est une rengaine. Ce morceau est un peu une scie ! C'est une friandise, tu peux la consommer jusqu'à l’écœurement. Comme un morceau de variété.

    B&G : Tes lives ont ce côté très entraînant justement...

    DP : J'ai envie que les gens dansent et s'amusent. J'ai aussi envie d'emmener mes concerts vers de la performance. On essaie en ce moment, avec Jérémy Monteiro et la danseuses qui fait les concerts avec nous, de théâtraliser les concerts. On veut qu'il y ait de l'acting, de la pêche. Un côté « 1, 2, 3, 4 » et on balance !

    B&G : Cela nous rappelle le dernier morceau du dernier Aline, Promis, juré, craché… T'en as vraiment marre du rock ?

    DP : Au moment où j'ai écrit ce morceau, j'étais justement dans cette phase où je voulais revenir à quelque chose de plus synthétique, à ce que je fais maintenant finalement. Mais ce n'était pas vraiment conscient. J'avais envie d'un truc très brut à la Ramones, on adorait le jouer. A la base, je voulais que ce soit un morceau un peu cliché sur le rock, y aller à fond. Du coup, je suis un peu déçu du résultat car il est un peu trop premier degré au niveau de la prod';. On aurait dû faire une prod’ un peu plus maligne qui s'accorde mieux avec le message.

    B&G : Yann Wagner, Jo Wedin & Jean Felzine, Baptiste Pelsy… plusieurs personnes ont participé à l'enregistrement des morceaux de Donald Pierre. La French Pop est une grande famille ?

    DP : Aline fait partie, en schématisant, de la première vague, avec Lescop, La Femme, Marc Desse, Mustang… Vu qu'on était pas très nombreux, on s'est vite croisés, et on s'est bien entendus. Sans faire la même musique ni l'interpréter de la même façon, on a beaucoup de références communes.

     

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    Discographie : Single «(Elle est partie) Ma panthère » (mars 2018) 

    Agenda concerts : le 15 juin, au Pop Up du Label ; le 21 septembre au Supersonic.


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  • Interview croisée de Batist, pour la sortie de son EP « New Hard », et de Victorine, réalisatrice du clip de Window, le dernier single de Batist

    Par Baptiste PETITJEAN

    (Chez Jeannette, le 17 avril 2018)

    Interview croisée de Batist et de Victorine (17 avril 2018)

    Dans le quartier du faubourg Saint-Denis, je rejoins deux jeunes gens modernes et désaxés, au sens littéral, Baptiste Dosdat alias Batist et Caroline alias Victorine, pour une interview qui dévoile à la fois leur parcours, leurs ambitions, mais surtout l'environnement musical et relationnel dans lequel ils s'inscrivent et qu'ils revendiquent.

    Little John Le Blog : Baptiste, on te connaît musicien de Cléa Vincent, de Niki Demiller, de Baptiste Hamon ou de Victorine, et tu as choisi pour t'épauler sur ton projet solo une section rythmique que l'on connaît bien et que l'on apprécie : Eugénie Leber, bassiste de Marc Desse, et Rémi Faure, batteur de Mustang. A priori, ce trio n'est pas réputé « grunge », et pourtant...

    Batist : Bien que je ne l'aie jamais quitté, le grunge est un retour à ce que j'aime, à ce que j'ai toujours écouté. Dès que j'ai entendu du grunge, vers mes 16 ans, j'ai voulu faire de la guitare électrique, et j'ai commencé à composer des chansons dans ce style-là. J'aime bien le folk, Elliott Smith etc, mais dès que je joue en groupe, j'ai envie d'aller plus loin en termes d'intensité. Le jour où j'ai écouté Nirvana, ma vie a changé : j'ai complètement arrêté la guitare classique. Ou plutôt, avant d'avoir le matériel approprié, j'ai fait de la guitare électrique sur une acoustique, pour un résultat un peu spécial évidemment ! Je jouais du Lynyrd Skynyrd, t'imagines… 

    Little John Le Blog : Aucun artiste ne te marque ainsi avant Nirvana ?

    Batist : J'aimais bien Santana, Supertramp, Pink Floyd, les Beatles. Mon père était un fan des Beatles, et il écoutait beaucoup de musique classique. Il y avait donc chez moi déjà un attrait pour les mélodies et la pop. C'est ce qui m'a plu dans Nirvana : c'est à la fois très pop et triste, et c'est énergique ! C'est tout ce que je voulais quand j'étais ado. Nirvana a beaucoup marché car ils alliaient l'énergie du Punk et les mélodies des Beatles et du Velvet… Je précise tout de même que j'ai découvert Nirvana bien après leur succès, peut-être 10 ans après la mort de Cobain !

    Little John Le Blog : Un peu rude le passage de Santana au grunge non ? 

    Batist : Avant l'adolescence, je ne jouais que du classique, j'étais au conservatoire, à Montpellier. Je ne savais pas faire un accord de la majeur, on n'apprend pas ça au conservatoire, ni à jouer avec un médiator, et à faire des rackings … Jamais je ne pensais pouvoir jouer ce qui passait en radio. Ce qui m'a sauvé, c'est que lorsque j'arrivais dans la classe de mon prof de guitare au conservatoire, il y avait des posters de guitaristes classiques, mais aussi un énorme poster de Jimmy Hendrix en train de fumer une clope et de balancer un solo, et un autre des Beatles. En déménageant à Paris, j'abandonne le conservatoire, et j'ai enfin ma guitare électrique, j'ai 15 ou 16 ans. Je galère à avoir des groupes, je n'avais pas beaucoup de copains qui jouaient, alors je me mets à la basse ce qui me permet d'intégrer un groupe assez hasardeux, qui ne me satisfait pas beaucoup et me frustre pas mal dans un premier temps. Cela dit, le guitariste avec qui j'avais ce groupe a beaucoup progressé et on a fini par faire des concerts, le Gibus … Dans cette phase, j'étais repassé à la guitare, je composais, mais j'avais des difficultés à composer des chansons très énervées. 

    Little John Le Blog : Pourquoi ?

    Batist : Je composais dans ma chambre, et il y a toujours des gens autour de toi, tes parents, tes colocataires, alors j'avais peur de gêner, ce qui était assez paradoxal quand on veut faire du grunge. Trop poli, alors que j'avais envie d'exploser. Je jette un regard bienveillant sur ces premiers morceaux, assez naïfs, car ressemblant trop à du grunge classique. Je me forçais malgré tout à essayer de chercher des accords plus sophistiqués, des changements de tonalité. On avait alors plusieurs morceaux, on jouait de plus en plus, et dans des endroits parfois pas indiqués. J'ai joué dans un kebab une fois, on a fait fuir tout le monde. 

    Victorine : Là au moins tu pouvais envoyer la sauce !

    Batist : Excellente celle-là !

    Little John Le Blog : A ce moment-là, lycée et post-lycée, la musique est devenue ta priorité ? 

    Batist : J'ai 18 ou 19 ans, l'idée c'est de finir mes études d'informatique, il me reste 3-4 ans. Arrivé à l'avant-dernière année de formation, je me dis que dans un an c'est fini, et qu'ensuite ce ne sera que de l'informatique… Je n'étais pas très bon, et surtout je détestais ça ! Un peu paumé donc, je décide de partir un an en Nouvelle-Zélande. Je suis devenu prof de guitare, et je faisais 3 concerts par semaine. J'arrivais à vivre de la musique à 100 %, je n'avais pas d'autres sources de revenus. Alors quand je reviens en France, je sais que je veux me concentrer sur la musique. Grâce à Cléa [Vincent], je fréquente le Pop In et son open mic du dimanche soir, animé à cette époque par Kim [Giani], qui produira par la suite mon premier single 2 titres, avec Girls.

    Victorine : J'avais réalisé le clip de ce morceau justement ! Une histoire un peu banale où je sors des choses de mon corsage, mais des choses un peu bizarres, des VHS… certainement pour marquer les années 90 que Baptiste adore.

    Little John Le Blog : Quel a été le rôle de Kim dans la sortie de ce premier effort ? 

    Batist : Kim m'a aidé à enregistrer les morceaux, en 2012. Il m'a fait venir chez lui, il avait déjà fait les batteries, et j'ai fait le reste, basse, guitare, chant. On a fait les chœurs, il a mixé. 

    Victorine : Il y avait en effet ce travail d'arrangements, mais Kim a aussi assuré la diffusion via son label Believe. Il a aussi enregistré les premiers morceaux de Baptiste Hamon, et c'est comme ça qu'il a rencontré son éditeur. C'est aussi au Pop In, grâce à Kim, en 2011, que j'ai fait mon premier live en tant que Victorine. Je le connais de Bordeaux, d’où nous venons tous les deux. J’étais choriste/comédienne dans un groupe qui s’appelait Comme Two. Déjà pas mal de happenings et de conneries avec le public. Kim est un véritable parrain, un dénicheur de talents ! Il n'est pas là pour le business, c'est un choix de vie. 

    Batist : Et maintenant c’est moi qui anime l’open mic du dimanche au Pop In. J’ai repris le flambeau !

    Victorine : J’anime aussi avec Kim un open mic tous les mercredis à la brasserie Barbès. 

    Little John Le Blog : Pourquoi une telle vague de nouveaux artistes éclot-elle à ce moment-là au Pop In et et lors de son open mic ? 

    Victorine : On était tous célibataires, ou en rupture récente, donc on avait du temps et de la dépression à revendre ! Au lieu de passer le dimanche soir devant le film de TF1 avec ton mec, on avait envie d’oublier tout cela, de se marrer avant de commencer la semaine. On avait envie de créer.

    Little John Le Blog : Revenons-en, Baptiste, aux musiciens qui jouent tes morceaux avec toi, Rémi et Eugénie. 

    Batist : Rémi je le connais bien car on joue tous les deux pour Niki Demiller, il a un jeu de batterie qui correspond tout à fait à ce que je veux, très énergique, testostéroné ! Quant à Eugénie, je l’ai vue jouer pour la première fois avec Marc Desse au Supersonic. Elle avait une basse Thunderbird blanche énorme, et je venais d’acquérir le même modèle mais en version guitare. 

    Victorine : Elle a beaucoup de classe, et elle est très sexy ! Et cela fait un joli un contraste avec la douceur du grunge de Baptiste. Même quand il se met à hurler, ou à saturer sa guitare, il continue de dégager une certaine sensibilité. Un vrai oxymore ce Baptiste !

    Interview croisée de Batist et de Victorine (17 avril 2018)

    Batist : C'est vrai que j’aime les chansons tristes, et que j’aime conserver le sens des mélodies dans mes morceaux, d'où cette douceur dont parle Caro. C’est pour ça que je suis un fan de Neil Young et d’Elliott Smith. Ceci dit, je voulais que cet EP, « New Hard », soit plus féroce. Je voulais quelque chose de plus violent, avec des gros riff de guitare, à la différence de l’album que j’avais sorti en 2014 qui était plutôt triste. D'ailleurs, si Window est la première chanson de l’EP que j’ai écrite, New Hard est en revanche le morceau le plus heavy que j’ai jamais écrit. J’ai pris la note la plus aigüe que je pouvais gueuler, et j’ai essayé de construire ma chanson autour de cette note.

    Little John Le Blog (Baptiste) : Pourquoi Batist avec deux fautes d’orthographe comme nom de scène ? C’est très beau comme prénom Baptiste pourtant … 

    Batist : Je me rappelle que Cobain, dans un livre qui reprenait des passages de son journal intime, racontait qu’il faisait exprès de faire des fautes. Je trouvais aussi, quand j’ai composé mes premiers morceaux, que la plupart des noms de groupe étaient ridicules. 

    Victorine : On dirait des mauvaises expériences de cadavre exquis ! 

    Batist : Mais en toute honnêtété aussi, « Batist » est surtout une grosse erreur marketing pour les référencements sur Internet !

    Little John Le Blog : Nous avons mis en ligne sur notre blog et en exclusivité internationale (!) le clip de Window, issu de ton dernier EP « New Hard », clip qui a été réalisé par Victorine. Tu n'en es pas à ton coup d'essai non ? 

    Victorine : J’ai fait des études de cinéma à Bordeaux. C’est là que j’ai rencontré Manuel Abella, et qu'on faisait quelques clips ensemble : je m’occupais de la direction artistique, et lui de la technique la réalisation, la prise de vues et le montage. On s’est beaucoup amusé. Par exemple, pour « Fukushima » on a tourné le clip en plan séquence dans un restaurant chinois de Belleville, en caméra plus ou moins cachée car le restau ne voulait pas qu’on tourne chez eux. C’est mon clip le plus vu sur internet à l’heure actuelle, peut-être parce qu’il comporte « Fukushima » et « femme fontaine », excellent double référencement ! Le gros déclic qui m'a poussé à faire plus de clips a été le fait de disposer de smartphones avec de grandes résolutions d’image, et des possibilités de montage assez faciles d’accès …

    Little John Le Blog : Quelles sont tes inspirations cinématographiques, tes références ? 

    Victorine : J’aime beaucoup de choses, mais particulièrement la schizophrénie dans le cinéma. J’adore David Lynch, Martin Scorsese, Wong Kar-Wai et ses personnages en rupture avec la société. Wong Kar-Wai a développé des éléments saisissants grâce aux nouvelles technologies, toujours mises au service des sentiments des personnage, par exemple, une foule en accéléré, et le personnage centrale au ralenti, ce qui suggère une immense solitude au milieu de tout ce monde, et une impossibilité à communiquer. Je trouve cela très beau. J'admire aussi son directeur photo, Christopher Doyle. 

    Little John Le Blog : Tu peux nous raconter l'histoire du clip de Window ?

    Victorine : On l’a tourné pendant la tournée Kim + Victorine en février dernier, la « cheap tournée lo-fi », entre deux balances. Et on a eu cette idée de pompiste qui s’imagine chanteur devant les vitres de sa station-service… Il a un côté un peu psychopathe, il caresse de manière excessive les voitures. Il se balade dans un jardin d’enfants sans savoir trop ce qu’il veut y faire. Au final, il vaut mieux qu’il canalise ses pulsions sur une guitare.

    Little John Le Blog : On a qualifié le clip d' « érotico-mécanique ». Quand on connaît tes concerts, on peut dire que tu cherches toujours à bousculer le public !

    Victorine : Je cherche à susciter une réaction dans mon public et à le solliciter en en faisant mon complice. Dans le théâtre, on appelle ça un aparté. Mon envie première était de communiquer avec les gens. Mais je me retrouve parfois face à un auditoire étonné, comme lorsque j’ai fait la première partie de Fishbach à la Cigale. Cela permet aussi de rendre chaque concert différent. 

    Little John Le Blog : Les paroles de ton morceau La rentrée peuvent être interprétées de manières très différentes… !

    Victorine : Cette chanson évoque une maîtresse d’école qui tombe amoureuse de l’un de ses élèves et qui lui fait une sorte de chantage affectif… Osé ! Cela peut susciter de la surprise dans le public : par exemple lors de la tournée Kim + Victorine, à Rouen on a joué dans un appartement pour le label Équilibre Fragile. Il y avait beaucoup d’enfants, et une mère m’a jeté des regards noirs pendant tout le concert, ce qui a beaucoup fait rire Kim. J’ai dû manger mes fins de phrases tout le long. Cela montre bien que je ne veux pas faire de la provocation gratos, je veux avant tout que les gens s’amusent ! Je respecte le public ! Mon seul message, c’est de s’oublier le temps du concert :  oublier sa fonction, ses responsabilités, son ego. C'est une manière de retomber en enfance. 

    Batist : N’oublions pas non plus les morceaux de Victorine, qui sont excellents ! Très pop. S’il n’y avait que le spectacle, les sketches, cela ne fonctionnerait pas. Ils contribuent aussi à briser la distance entre Victorine et le public.

     

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    Discographie de Batist : Ep « New Hard » (mars 2018) , album « December » (juin 2014)

    Agenda concerts de Batist : le 5 mai, à l'International

     

    Pour suivre les actualités de Victorine :

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    Discographie de Victorine : « In da club » (janvier 2018), « Papa Maman » (juin 2017), « La rentrée » (août 2015), « Désunis de l’univers » (juin 2015). 1er album à paraître en septembre ou octobre.

    Agenda concerts de Victorine : le 25 mai, au Musée Cognac-Jay (Festival Paris Musée Off, gratuit)


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  • Disparition de Dolores O'Riordan, chanteuse du groupe The Cranberries.

    Par Bapstite PETITJEAN.

    Hommage à Dolores O'Riordan

    C'est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Dolores O'Riordan le 15 janvier dernier, à seulement 46 ans. Une voix qui a fait vibrer les années 90. 

    On pense bien entendu à « Zombie », immense carton, mais aussi l'un des tubes les plus massacrés de l'histoire du karaoké. Un morceau qui fit surtout la joie et emplit de satisfaction de nombreux guitaristes débutants, sidérés par le fait de pouvoir en quelques jours de pratique seulement jouer un classique. Je me souviens du concert des Cranberries aux Eurockéennes de Belfort en 2000…

    L'album No Need To Argue est un incontournable des 90s : « Zombie » bien sûr, « Ode To My Family » (simple mais superbe arpège), « I Can't Be With You », « Twenty One » (presque dans l'ordre d'apparition sur le disque), autant de chansons et de ballades mêlant à la fois un sens évident de la pop, et une version toute irlandaise de la tension du rock. Alors bien entendu, The Cranberries ne sont pas le groupe de musiciens le plus innovant des 30 dernières années, loin de là ! Mais Dolores O'Riordan avait ce talent d'occuper les failles des compositions par un timbre de voix reconnaissable parmi mille, une voix inaltérée et dissimulant une certaine violence (violence que l'on retrouve d'ailleurs dans les thèmes des morceaux).

    Leur premier album, Everybody Else Is Doing It, So Why Can't We ?, pourtant sous-estimé par les maisons de disques et passé inaperçu à sa sortie, avait déjà donné le ton. La production impeccable de Stephen Street (producteur mythique des Smiths et de Blur) avait réussi à capter ce mélange de fragilité et de tension, en particulier sur « Dreams » et « Linger ». Le groupe allait exploser sur scène, au cours d’une tournée américaine avec The The et Suede.

    Sa carrière solo n’a ensuite pas vraiment pris ses distances par rapport aux Cranberries, tant du point de vue de l'équipe que du résultat final, comme en témoigne l'album Are You Listening ? sorti en 2007 et porté par un single tout en volutes de guitare, « Ordinary Day ». C'est un morceau très honorable, qui a le mérite de l'immédiateté, certainement due également au texte, toujours signé par Dolores.

    On imagine bien que cette voix, même portée par une artiste fatiguée, souffrant de troubles bipolaires, et marquée par son divorce, a encore fait frissonner les personnes présentes lors des derniers enregistrements de D.A.R.K (groupe qu'elle avait formé il y a peu avec Andy Rourke, bassiste des Smiths) à Londres où elle est décédée. Une voix qui donne à voir une part de cette humanité tourmentée qui est au coeur de son œuvre, et dont certains textes prennent un sens plus dur encore aujourd'hui, comme cet extrait du morceau « Empty » : 

    « Something has left my life

    And I don't know where it went to

    Somebody caused me strife

    And it's not what I was seeking.

    Didn't you see me, didn't you hear me

    Didn't you see me standing there

    Why did you turn out the lights

    Did you know that I was sleeping

    Say a prayer for me »


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  • Interview de Mehdi Naili et Sébastien Crépinior, de Vision Paname (13 septembre 2017). 

    Je rejoins Mehdi et Sébastien dans un bar de la rue Saint-Denis, à Châtelet. Plus qu'un quartier pour eux, c'est un terrain de jeu, une zone d'observation des looks néoromantiques de la mode qui vient dans le coeur de Paname, pour ces inséparables dont les visions artistiques convergent. A suivre, l'interview d'un duo autoproclamé Wave Klub et dont vous pourrez apprécier l'énergie froide ce vendredi soir au Pop In, pour This Is French Pop #3. 

    Interview de Vision Paname

    Little John Le Blog : Alors Vision Paname, c'est quoi la Wave Klub ? 

    Sébastien Crepinior : Il y a deux éléments, tout d'abord le mot Wave renvoie à la fois à la New Wave évidemment, mais aussi à la Synth Wave ou la Cold Wave, des styles que l'on retrouve surtout dans les années 80, avec Depeche Mode, Duran Duran et Human League. 

    Mehdi Naili : Et d'un autre côté, l'idée à la base de notre projet musical est de faire revenir cet univers musical dans les clubs. On a aussi la volonté de retrouver l'esprit rock, mais par la musique électronique. 

    SC : Je suis tout aussi féru de musique club que Mehdi. J'ai travaillé dans des groupes white label, un des piliers de la culture club. J'ai joué du clavier pour des groupes de BPM Records, j'ai bossé sur de la house music aussi, pour Detroit etc. 

    LJLB : Vous êtes nostalgiques des périodes clubs ? 

    MN : A titre personnel, oui. Je me plonge en ce moment dans les années Human League et n'en ressors que rarement ! A cette époque, tu arrivais dans un club, il y avait des supers morceaux qui passaient toute la nuit, c'était l'extase. 

    SC : En revanche ce qui manque aux musiques club aujourd'hui et qui existait à l'époque, c'est l'aspect néoromantique, et c'est peut-être cette dimension qui nous distingue le mieux finalement. 

    MN : On essaie en effet d'incorporer  à nos morceaux de la nonchalance, de la mélancolie, du frisson et surtout de la poésie. Pour résumer, on s'inscrit dans le prolongement de la french touch, mélangé avec des aspects néoromantiques et bien entendu à la new wave. 

     

    LJLB : On sent bien que vous avez tous les deux la même sensibilité musicale, qu'est-ce-qui pourrait vous différencier ? 

    SC : Cela se joue sur les détails, les nuances. On a des rapports différents à certains genres musicaux. Par exemple, j'aime bien les groupes de rap actuels qui intègrent du trip hop et un son un peu planant...

    MN : … alors que je préfère le rap américain des années 90, les groupes de New York. J'ai aussi travaillé avec des groupes de rap français dans le passé. Et moi-même en tant qu'artiste j'ai commencé dans le rap. Pour Vision Paname, je compose comme sur du rap, avec une MPC.  Il n'y a pas de samples, mais on crée nous-mêmes des lignes mélodiques, que l'on va triturer, et que l'on va implanter dans les morceaux. Je me sens un peu comme un beatmaker. Cette démarche renvoie aussi aux années 80, le côté bidouillage, et immédiat. 

    SC : Avec l'avantage pour nous que les possibilités techniques actuelles sont bien supérieures à ce qu'elles étaient dans les années 80. Il nous aurait fallu un énorme budget à cette période pour avoir le son que l'on a aujourd'hui avec notre propre matériel. Mais je reviens à ta question sur ce qui nous différencie : je pense que j'ai un penchant Cold Wave plus prononcé que Mehdi, et qui peut même parfois basculer dans le gothique. 

     

    LJLB : Passons à vos chansons. New Romance se détache du reste de vos morceaux, l'ambiance y est davantage à la contemplation...

    MN : C'est le morceau le plus mature de tous, par rapport à la profondeur musicale que l'on recherche. C'est ce vers quoi on tend. Et il faut aussi dire qu'avec New Romance, on a bien réussi à plaquer l'univers esthétique que l'on entend imposer à notre musique. On essaie aussi de remettre au gôut du jour l'art total, et de ne pas se cantonner à une discipline, un peu dans l'esprit de la Factory. La visuel a beaucoup d'importance dans nos travaux : quand je commence à composer, il y a toujours une image qui vient, avant la musique. Pour New Romance, on peut imaginer des personnages torturés et seuls, en manque d'amour, et qui se cherchent dans la nuit. 

    SC : Il y a toujours une noirceur dans les textes. 

    MN : On veut faire danser les gens, mais pas sur des textes légers. Et puis, on envisage nos lives comme une performance, ou plutôt une performance DJ : on est là pour ambiancer ! 

    SC : Le terme de performance est très assumé, cela renvoie à l'art contemporain. On a envie d'interroger le public, la puissance de nos morceaux a aussi vocation à choquer.

    MN : Le but est d'accrocher tout le monde à nos morceaux, et le dénominateur commun qui pourra fédérer plusieurs types d'individus réside dans des mélodies accrocheuses matinées d'un néoromantisme qui peut être compris par tout le monde. 

     

    LJLB : Les groupes de French Pop ont tendance à alimenter le retour des années 80 auquel on assiste depuis quelque temps déjà, mais avec vous on a le sentiment que vous commencez à agripper ce qui se faisait dans les années 90...

    SC : Même si je ne crois pas trop aux découpages des cycles musicaux en termes de décennies, on peut dire que Moby est le seul à avoir fait le pont entre 80s et 90s, quand il était chez MUTE. Mais cela n'a pas vraiment accouché d'un mouvement. 

    MN : On essaie aussi de faire ressortir le côté dance, qui renvoie plutôt, c'est vrai, aux années 90, tout en conservant nos références aux années 80 à travers la dominante New Wave de notre musique. On devait s'appeler Borderline au départ, ce qui illustre bien la passerelle que l'on essaie de tendre entre plusieurs genres. On a cette volonté de transcender nos références, sans les masquer. 

    SC : La conséquence de ce postulat, c'est qu'on ne cherche pas absolument à être étiqueté French Pop. 

     

    LJLB : Parlons de vos autres projets musicaux, que nous connaissons bien puisque Digitale Sanguine, fondé par Mehdi, et The Saint Cyr, dont Sébastien est le chanteur, faisaient partie des invités des deux premières éditions de This Is French Pop. Où en êtes-vous ? 

    SC : Je suis toujours avec The Saint Cyr, on joue à la Machine du Moulin Rouge le 17 novembre, avec Rendez-Vous et Trisomie 21. Un album va bientôt sortir. 

    MN : Je suis entièrement consacré à Vision Paname, même si Digitale Sanguine n'est pas terminé. Je suis très fier des morceaux qu'on a sortis. Cette expérience m'a beaucoup apporté, notamment sur la composition de mélodies entêtantes. Cela me sert beaucoup dans mon travail actuel avec Vision Paname. Je suis très à l'aise dans cette position de compositeur, le chant/lead ne me manque pas. 

    SC : En ce qui me concerne, de The Saint Cyr, j'apporte du froid dans Vision Paname ! On se rejoint sur le sens de la mélodie. Sur le chant, j'aimerais bien que Mehdi soit plus devant, je le pousse. On fera un chanson où je ne ferai que des chœurs, ou juste le malin ! On verra, les choses se sont toujours faites assez naturellement entre Mehdi et moi, on ne calcule pas. Pour notre premier morceau, Stay In Touch, on s'est lancé sans réfléchir, Mehdi a commencé à pianoter, j'ai écrit rapidement quelques paroles. On a enregistré direct. Le lendemain, même schéma, et on a écrit I Feel

    LJLB : Pour finir, une question essentielle : si vous n'aviez le droit d'avoir qu'un seul disque, ce serait lequel ? 

    MN : « Speak & Spell » (1981), Depeche Mode. 

    SC : « Black Celebration » (1986), Depeche Mode.

    MN : Cela illustre bien nos personnalités et la dualité de Vision Paname : l'aspect dansant avec les mélodies entêtantes d'un côté, et de l'autre l'aspect plus dark. 

     

    Pour suivre les actualités de Vision Paname : 

    - Facebook : https://www.facebook.com/visionpaname/ 

     

    Les morceaux de Vision Paname en ligne : 

    - Never Stop ! https://www.youtube.com/watch?v=M_NJyGj04CI

    - Smile https://www.youtube.com/watch?v=o4XcubQYIR0 

     


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  • En mêlant des influences allant de Scott Walker au Velvet Underground, Jack nous livrait en 1998 un deuxième album riche, vénéneux et romantique (Nico's Children), dans la lignée du sublime « Dog Man Star » de Suede sorti en 1994.

    Les paroles et la voix d'Anthony Reynolds, intenses, sont portées par des orchestrations flamboyantes, mariant le spleen des Tindersticks et le baroque de Divine Comedy (Love and death in the afternoon, 3 o'clock in the morning).

    La ballade Lolita Elle rappelle le meilleur Pulp, et le morceau Pablo est digne de David Bowie période glam.

    On retiendra aussi le sublime My World versus your world, dans lequel les guitares de Matthew Scott  s'aventurent en territoire disco. Un peu comme une descendance illégitime du Moz et de Barry White ...

    Probablement le meilleur album d'un excellent groupe, malheureusement sous-estimé et méconnu, qui livrait des prestations scéniques d'une intensité rare.


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