• Disparition de Dolores O'Riordan, chanteuse du groupe The Cranberries.

    Par Bapstite PETITJEAN.

    Hommage à Dolores O'Riordan

    C'est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Dolores O'Riordan le 15 janvier dernier, à seulement 46 ans. Une voix qui a fait vibrer les années 90. 

    On pense bien entendu à « Zombie », immense carton, mais aussi l'un des tubes les plus massacrés de l'histoire du karaoké. Un morceau qui fit surtout la joie et emplit de satisfaction de nombreux guitaristes débutants, sidérés par le fait de pouvoir en quelques jours de pratique seulement jouer un classique. Je me souviens du concert des Cranberries aux Eurockéennes de Belfort en 2000…

    L'album No Need To Argue est un incontournable des 90s : « Zombie » bien sûr, « Ode To My Family » (simple mais superbe arpège), « I Can't Be With You », « Twenty One » (presque dans l'ordre d'apparition sur le disque), autant de chansons et de ballades mêlant à la fois un sens évident de la pop, et une version toute irlandaise de la tension du rock. Alors bien entendu, The Cranberries ne sont pas le groupe de musiciens le plus innovant des 30 dernières années, loin de là ! Mais Dolores O'Riordan avait ce talent d'occuper les failles des compositions par un timbre de voix reconnaissable parmi mille, une voix inaltérée et dissimulant une certaine violence (violence que l'on retrouve d'ailleurs dans les thèmes des morceaux).

    Leur premier album, Everybody Else Is Doing It, So Why Can't We ?, pourtant sous-estimé par les maisons de disques et passé inaperçu à sa sortie, avait déjà donné le ton. La production impeccable de Stephen Street (producteur mythique des Smiths et de Blur) avait réussi à capter ce mélange de fragilité et de tension, en particulier sur « Dreams » et « Linger ». Le groupe allait exploser sur scène, au cours d’une tournée américaine avec The The et Suede.

    Sa carrière solo n’a ensuite pas vraiment pris ses distances par rapport aux Cranberries, tant du point de vue de l'équipe que du résultat final, comme en témoigne l'album Are You Listening ? sorti en 2007 et porté par un single tout en volutes de guitare, « Ordinary Day ». C'est un morceau très honorable, qui a le mérite de l'immédiateté, certainement due également au texte, toujours signé par Dolores.

    On imagine bien que cette voix, même portée par une artiste fatiguée, souffrant de troubles bipolaires, et marquée par son divorce, a encore fait frissonner les personnes présentes lors des derniers enregistrements de D.A.R.K (groupe qu'elle avait formé il y a peu avec Andy Rourke, bassiste des Smiths) à Londres où elle est décédée. Une voix qui donne à voir une part de cette humanité tourmentée qui est au coeur de son œuvre, et dont certains textes prennent un sens plus dur encore aujourd'hui, comme cet extrait du morceau « Empty » : 

    « Something has left my life

    And I don't know where it went to

    Somebody caused me strife

    And it's not what I was seeking.

    Didn't you see me, didn't you hear me

    Didn't you see me standing there

    Why did you turn out the lights

    Did you know that I was sleeping

    Say a prayer for me »


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  • Interview de Mehdi Naili et Sébastien Crépinior, de Vision Paname (13 septembre 2017). 

    Je rejoins Mehdi et Sébastien dans un bar de la rue Saint-Denis, à Châtelet. Plus qu'un quartier pour eux, c'est un terrain de jeu, une zone d'observation des looks néoromantiques de la mode qui vient dans le coeur de Paname, pour ces inséparables dont les visions artistiques convergent. A suivre, l'interview d'un duo autoproclamé Wave Klub et dont vous pourrez apprécier l'énergie froide ce vendredi soir au Pop In, pour This Is French Pop #3. 

    Interview de Vision Paname

    Little John Le Blog : Alors Vision Paname, c'est quoi la Wave Klub ? 

    Sébastien Crepinior : Il y a deux éléments, tout d'abord le mot Wave renvoie à la fois à la New Wave évidemment, mais aussi à la Synth Wave ou la Cold Wave, des styles que l'on retrouve surtout dans les années 80, avec Depeche Mode, Duran Duran et Human League. 

    Mehdi Naili : Et d'un autre côté, l'idée à la base de notre projet musical est de faire revenir cet univers musical dans les clubs. On a aussi la volonté de retrouver l'esprit rock, mais par la musique électronique. 

    SC : Je suis tout aussi féru de musique club que Mehdi. J'ai travaillé dans des groupes white label, un des piliers de la culture club. J'ai joué du clavier pour des groupes de BPM Records, j'ai bossé sur de la house music aussi, pour Detroit etc. 

    LJLB : Vous êtes nostalgiques des périodes clubs ? 

    MN : A titre personnel, oui. Je me plonge en ce moment dans les années Human League et n'en ressors que rarement ! A cette époque, tu arrivais dans un club, il y avait des supers morceaux qui passaient toute la nuit, c'était l'extase. 

    SC : En revanche ce qui manque aux musiques club aujourd'hui et qui existait à l'époque, c'est l'aspect néoromantique, et c'est peut-être cette dimension qui nous distingue le mieux finalement. 

    MN : On essaie en effet d'incorporer  à nos morceaux de la nonchalance, de la mélancolie, du frisson et surtout de la poésie. Pour résumer, on s'inscrit dans le prolongement de la french touch, mélangé avec des aspects néoromantiques et bien entendu à la new wave. 

     

    LJLB : On sent bien que vous avez tous les deux la même sensibilité musicale, qu'est-ce-qui pourrait vous différencier ? 

    SC : Cela se joue sur les détails, les nuances. On a des rapports différents à certains genres musicaux. Par exemple, j'aime bien les groupes de rap actuels qui intègrent du trip hop et un son un peu planant...

    MN : … alors que je préfère le rap américain des années 90, les groupes de New York. J'ai aussi travaillé avec des groupes de rap français dans le passé. Et moi-même en tant qu'artiste j'ai commencé dans le rap. Pour Vision Paname, je compose comme sur du rap, avec une MPC.  Il n'y a pas de samples, mais on crée nous-mêmes des lignes mélodiques, que l'on va triturer, et que l'on va implanter dans les morceaux. Je me sens un peu comme un beatmaker. Cette démarche renvoie aussi aux années 80, le côté bidouillage, et immédiat. 

    SC : Avec l'avantage pour nous que les possibilités techniques actuelles sont bien supérieures à ce qu'elles étaient dans les années 80. Il nous aurait fallu un énorme budget à cette période pour avoir le son que l'on a aujourd'hui avec notre propre matériel. Mais je reviens à ta question sur ce qui nous différencie : je pense que j'ai un penchant Cold Wave plus prononcé que Mehdi, et qui peut même parfois basculer dans le gothique. 

     

    LJLB : Passons à vos chansons. New Romance se détache du reste de vos morceaux, l'ambiance y est davantage à la contemplation...

    MN : C'est le morceau le plus mature de tous, par rapport à la profondeur musicale que l'on recherche. C'est ce vers quoi on tend. Et il faut aussi dire qu'avec New Romance, on a bien réussi à plaquer l'univers esthétique que l'on entend imposer à notre musique. On essaie aussi de remettre au gôut du jour l'art total, et de ne pas se cantonner à une discipline, un peu dans l'esprit de la Factory. La visuel a beaucoup d'importance dans nos travaux : quand je commence à composer, il y a toujours une image qui vient, avant la musique. Pour New Romance, on peut imaginer des personnages torturés et seuls, en manque d'amour, et qui se cherchent dans la nuit. 

    SC : Il y a toujours une noirceur dans les textes. 

    MN : On veut faire danser les gens, mais pas sur des textes légers. Et puis, on envisage nos lives comme une performance, ou plutôt une performance DJ : on est là pour ambiancer ! 

    SC : Le terme de performance est très assumé, cela renvoie à l'art contemporain. On a envie d'interroger le public, la puissance de nos morceaux a aussi vocation à choquer.

    MN : Le but est d'accrocher tout le monde à nos morceaux, et le dénominateur commun qui pourra fédérer plusieurs types d'individus réside dans des mélodies accrocheuses matinées d'un néoromantisme qui peut être compris par tout le monde. 

     

    LJLB : Les groupes de French Pop ont tendance à alimenter le retour des années 80 auquel on assiste depuis quelque temps déjà, mais avec vous on a le sentiment que vous commencez à agripper ce qui se faisait dans les années 90...

    SC : Même si je ne crois pas trop aux découpages des cycles musicaux en termes de décennies, on peut dire que Moby est le seul à avoir fait le pont entre 80s et 90s, quand il était chez MUTE. Mais cela n'a pas vraiment accouché d'un mouvement. 

    MN : On essaie aussi de faire ressortir le côté dance, qui renvoie plutôt, c'est vrai, aux années 90, tout en conservant nos références aux années 80 à travers la dominante New Wave de notre musique. On devait s'appeler Borderline au départ, ce qui illustre bien la passerelle que l'on essaie de tendre entre plusieurs genres. On a cette volonté de transcender nos références, sans les masquer. 

    SC : La conséquence de ce postulat, c'est qu'on ne cherche pas absolument à être étiqueté French Pop. 

     

    LJLB : Parlons de vos autres projets musicaux, que nous connaissons bien puisque Digitale Sanguine, fondé par Mehdi, et The Saint Cyr, dont Sébastien est le chanteur, faisaient partie des invités des deux premières éditions de This Is French Pop. Où en êtes-vous ? 

    SC : Je suis toujours avec The Saint Cyr, on joue à la Machine du Moulin Rouge le 17 novembre, avec Rendez-Vous et Trisomie 21. Un album va bientôt sortir. 

    MN : Je suis entièrement consacré à Vision Paname, même si Digitale Sanguine n'est pas terminé. Je suis très fier des morceaux qu'on a sortis. Cette expérience m'a beaucoup apporté, notamment sur la composition de mélodies entêtantes. Cela me sert beaucoup dans mon travail actuel avec Vision Paname. Je suis très à l'aise dans cette position de compositeur, le chant/lead ne me manque pas. 

    SC : En ce qui me concerne, de The Saint Cyr, j'apporte du froid dans Vision Paname ! On se rejoint sur le sens de la mélodie. Sur le chant, j'aimerais bien que Mehdi soit plus devant, je le pousse. On fera un chanson où je ne ferai que des chœurs, ou juste le malin ! On verra, les choses se sont toujours faites assez naturellement entre Mehdi et moi, on ne calcule pas. Pour notre premier morceau, Stay In Touch, on s'est lancé sans réfléchir, Mehdi a commencé à pianoter, j'ai écrit rapidement quelques paroles. On a enregistré direct. Le lendemain, même schéma, et on a écrit I Feel

    LJLB : Pour finir, une question essentielle : si vous n'aviez le droit d'avoir qu'un seul disque, ce serait lequel ? 

    MN : « Speak & Spell » (1981), Depeche Mode. 

    SC : « Black Celebration » (1986), Depeche Mode.

    MN : Cela illustre bien nos personnalités et la dualité de Vision Paname : l'aspect dansant avec les mélodies entêtantes d'un côté, et de l'autre l'aspect plus dark. 

     

    Pour suivre les actualités de Vision Paname : 

    - Facebook : https://www.facebook.com/visionpaname/ 

     

    Les morceaux de Vision Paname en ligne : 

    - Never Stop ! https://www.youtube.com/watch?v=M_NJyGj04CI

    - Smile https://www.youtube.com/watch?v=o4XcubQYIR0 

     


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  • En mêlant des influences allant de Scott Walker au Velvet Underground, Jack nous livrait en 1998 un deuxième album riche, vénéneux et romantique (Nico's Children), dans la lignée du sublime « Dog Man Star » de Suede sorti en 1994.

    Les paroles et la voix d'Anthony Reynolds, intenses, sont portées par des orchestrations flamboyantes, mariant le spleen des Tindersticks et le baroque de Divine Comedy (Love and death in the afternoon, 3 o'clock in the morning).

    La ballade Lolita Elle rappelle le meilleur Pulp, et le morceau Pablo est digne de David Bowie période glam.

    On retiendra aussi le sublime My World versus your world, dans lequel les guitares de Matthew Scott  s'aventurent en territoire disco. Un peu comme une descendance illégitime du Moz et de Barry White ...

    Probablement le meilleur album d'un excellent groupe, malheureusement sous-estimé et méconnu, qui livrait des prestations scéniques d'une intensité rare.


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  • Tarnation est un groupe du label 4AD. Tout commentaire est donc presque superflu : Tarnation est forcément un groupe de qualité.

    En 1997, le groupe de Paula Frazer, une des plus belles voix de la musique indé, devenait un groupe majeur en sortant le magistral « Mirador », synthèse parfaite de country et de cold wave.

    Leur musique tragique, crépusculaire, poétique et mélancolique, potentielle bande originale d'un western gothique que n'a pas encore tourné David Lynch, s'inscrit à la croisée de la mouvance country incarnée par Townes Van Zandt, des Murder Ballads de Nick Cave, et du slowcore.

    Les morceaux An awful shade of blue, There's someone, Your thoughts and mine, Like a ghost et A place where I know sont de pures merveilles.

    Bref, un album indispensable et un groupe à (re)découvrir absolument, avec quelques uns de ses contemporains (Red House Painters, Cowboy Junkies, Will Oldham, Cat Power, Spain, ...) qui, dans les années 1990, ont brillamment renouvelé le folk et la country, loin des clichés.


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  • En 1994, à la fin de l'enregistrement du chef d’œuvre « Dog Man Star », Suede voit Bernard Butler, son guitariste prodige, quitter le groupe. Un an après, Butler enregistre deux très beaux singles Yes et You Do avec le chanteur de soul David Mc Almont mais, pour des querelles d'ego, les deux hommes se séparent après la sortie d'un premier album « The Sound of Mc Almont & Butler ».

    En 2002, Mc Almont et Butler fêtent leurs retrouvailles en livrant un album soul magistral et hors du temps : « Bring it back ». Des guitares flamboyantes, des arrangements de cordes somptueux, un son à la Phil Spector, et un chant à la Al Green refont vivre les grandes heures de la Motown et de la Northern Soul.

    Le premier morceau de l'album, Theme From 'McAlmont & Butler', est brillant et magnétique. Le ton est donné : le reste de l'album et les deux singles Bring it back et Falling, sont de la même veine.

    Bref, cet album est indispensable !

    Quelques années plus tard, le revival soul battra son plein en Grande-Bretagne, avec Amy Winehouse ("Back to Black", en 2006) et Duffy ("Rockferry", en 2008, par ailleurs produit par Bernard Butler) ...


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