• Interview de Victor Peynichou (label Midnight Special Records)

    Interview de Victor Peynichou, directeur artistique du label Midnight Special Records (cofondé avec Marius Duflot).
    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN. 19 septembre 2015.

    Le mercredi 23 septembre, le label Midnight Special Records fêtera ses 4 ans au Glazart. A l’approche de cet anniversaire, nous avons rencontré Victor Peynichou, un des fondateurs de ce label. L’occasion de revenir sur l’histoire, l’esprit et les artistes de Midnight Special Records.

    Interview de Victor Peynichou (label Midnight Special Records)

    Baptiste et Gérald : Peux-tu nous parler du parcours qui t'a mené à être parallèlement un musicien très prolifique et à la création du label Midnight Special Records ?
    Victor Peynichou : Sans remonter trop loin, je peux dire qu'au moment de l'adolescence j'avais monté quelques projets musicaux. Je jouais dans quelques groupes, notamment avec Marius, avec lequel j'ai fondé le label par la suite. A l'âge de 16 ans, j'ai commencé à me produire, à faire des concerts. A force d'organiser les concerts de mes groupes, je me suis mis à en organiser pour d'autres… J'ai monté quelques mini-festivals, toujours à Paris, dans des cafés concerts, comme le Café Courant, dans le quartier d'Aligre. Il y avait beaucoup de musique là-bas à l'époque. Il y avait des jams de blues dans tous les sens, des petits concerts rock et expérimentaux. Au final, je m'occupais pas mal de l'aspect organisationnel, tandis que Marius de son côté était plus branché par l'enregistrement… Une complémentarité assez naturelle s'est donc créée entre nous. On a même habité ensemble, toujours dans ce quartier de la place d'Aligre. Et un jour je lui ai dit, sans trop y avoir réfléchi : « Tiens on pourrait sortir une cassette ; on ramène des artistes, et on les enregistre ». On a sorti une première cassette début 2011, la première du label Midnight Special …

    Interview de Victor Peynichou (label Midnight Special Records)

    B&G : Comment s'est déroulée la phase du création du label ?
    VP : Midnight Special est une chanson de LeadBelly… En 2009-2010, j'organisais régulièrement des soirées en utilisant ce nom, qu'on a repris le label. J'ai d'ailleurs fait une soirée avec Baptiste Hamon, qui s'appelait à l'époque Texas in Paris. J'avais organisé un mini festival où Cléa Vincent avait joué, avec My Broken Frame, Caandides et Catholic Spray. On réalise un premier enregistrement en 2010, avec Freckles en face A, une artiste française qui faisait du folk, et LluLLaiLLaco en face B, folk aussi mais avec des influences plus indé... On sort cette première production début 2011, au moment de la création du label. On a tout de suite trouvé cela excitant, même si nous n'avions aucune idée concrète sur ce qu'était le pilotage d'un label, on a tout fait à tâtons. On enregistrait à la maison… La seconde cassette c'était avec Cléa Vincent et Baptiste Hamon. Cléa, je l'avais vue dans un Open Mic au bar La Faille à Ménilmontant, et elle m'avait scotché. Je suis allé la voir et je lui ai dit : « C'est génial ce que tu fais ! ». Je l'ai rattachée direct à un festival que j'organisais, ça se passait dans la salle Les Combustibles (maintenant Le Pop Up...). Elle est venue ensuite me présenter ses projets, notamment un groupe de bossa qui s'appelait Les Coquillages, elle jouait des titres de Katerine et Gainsbourg, entre autres. D'un autre côté, Baptiste Hamon, qui rentrait du Pérou, me dit : « J'ai des chansons en français, j'aimerais bien essayer de les sortir ». Il me les a jouées, et ça m'a tout de suite branché. Pendant l'enregistrement, il y avait une ambiance de fou… En même temps, on avait un peu plus de moyens, le label prenait forme.

    B&G : Dans quel esprit avez-vous créé Midnight Special Records ?
    VP : On a fait le label pour avoir notre propre son. L'idée était de tout enregistrer, de A à Z. On passait une semaine dans un appart', malgré les voisins. On calait un groupe dans un appartement, une batterie dans une pièce, une guitare dans une autre, des amplis qui crachaient dans la salle de bain... Un jour, Emiko Ota enregistrait chez nous (pour le groupe Traditional Monsters, avec Dick Turner), moi j'arrivais de Ledru-Rollin par une rue proche de notre appart', et je me suis demandé ce qui se passait dans la rue, c'était le bordel total ! En fait c'était sa batterie qui résonnait dans tout le quartier. Il y a aussi la fois où, dans ce même appart', on enregistrait un titre de La Femme, une nouvelle version de La Femme Ressort, pour une compilation, ça a été très dur à mixer : il n'y a pas un moment où ils ne parlaient pas !

    B&G : Quelle est la particularité de Midnight ?
    VP : Pour savoir ce qu'on est, il faut tout écouter ! Avec Marius, on a essayé d'installer une touche sonore, plutôt que de faire du label une étiquette. On n'est pas un label pop, ni un label punk. On a toujours essayé d'insister sur le style et la signature Midnight, quel que soit le genre. C'est quelque chose qui se fait naturellement, très liée à l'ambiance : on enregistre avec des amis, ça change tout car on peut communiquer. Un enregistrement peut tout donner, et le fait d'enregistrer avec des gens qu'on comprend et avec lesquels on partage certaines références, cela permet d’obtenir une certaine osmose, d'avoir un résultat vraiment collectif. Il y a quelque chose d'assez familial. Cette touche sonore n'est pas préparée en fait. Une petite anecdote qui illustre cette générosité : sur les premières cassettes, on les faisait nous-mêmes, cela prenait 20 minutes par face, c'était du temps réel ! On y a passé trois jours rien que pour la première release ! On mettait des réveils... On savait que le fait d'avoir une deuxième platine cassette nous aurait aidés : j'ai demandé à Kim Giani, que je ne connaissais pas encore très bien, s'il avait un deck, il m'a dit : « Oui bien sûr. Viens le chercher chez moi ! »... Après cet épisode, il avait repris un titre des Bee Gees, Run to Me, sur une de nos compil', avec un gars des Natas Loves You. De la même manière, pour illustrer ce travail collectif qui correspond bien à Midnight, on avait créé le groupe Sex Tape pour une tournée américaine que Michelle Blades avait organisée. Le groupe était composée de Michelle Blades, Malvina Meinier, Marius avec son projet Ashtray, et moi avec Money Jungle. L'idée était de réinterpréter les morceaux de chacun, au lieu de faire quatre concerts à la suite… On a fait le même coup pour la tournée avec Cléa Vincent, Michelle Blades et Womanmay aux États-Unis cet été.

    B&G : Tu peux nous dire quelques mots sur tes influences musicales ?
    VP : J'ai commencé à apprendre la guitare à 15 ans, je jouais du blues. Je suis venu au rock après. Quand j'étais petit, j'écoutais les classiques : Bob Dylan, les Stones... Et puis j'ai flashé sur le Blues : Elmore James, Robert Johnson évidemment, et Buddy Guy pour son jeu de guitare. Je n'écoutais que ça. Marius quant à lui avait un groupe plus psyché, il écoutait pas mal de trucs des 90s, les Breeders, du grunge… Il a toujours été branché par la disto, et par tout ce qui est un peu radical dans les choix sonores et dans les paroles aussi.

    B&G : Faisons un petit tour des artistes Midnight… Commençons par Cléa Vincent, révélation pop de l'année 2014…
    VP : Une compositrice géniale, un jeu de piano unique ; j'adore quand elle improvise. Elle possède une réelle sensibilité : quand elle interprète ses morceaux, elle les vit vraiment. Elle commence aussi à chercher des choses un peu plus soul dans sa voix en ce moment… Elle aime beaucoup Carole King, en voilà peut-être la raison. C'est vrai que ses deux EPs ont très bien marché, notamment le second, « Non Mais Oui, Vol. 2 ». En même temps, je n'avais aucun doute sur le fait que ça marcherait ! Il suffisait de la montrer au plus grand nombre. Ce qui assoit sa réussite, c'est vraiment la qualité de sa compo, et non pas une tendance. Elle ne fonctionne pas sur une mode. Raphaël a été un apport très solide et très intéressant pour elle : sa musique a pris une nouvelle couleur.

    B&G : Malvina Meinier, quant à elle, vient de sortir « Home », un disque foisonnant, difficile à cerner malgré tout, peut-être un peu inaccessible...
    VP : On ne s'interroge pas sur ce type de problématique accessible/inaccessible. Malvina a composé cet album, « Home », à travers lequel elle a totalement construit un univers. Elle a une capacité hallucinante à créer des ambiances. Cela dit je comprends le questionnement, car la formule couplet-refrain a évidemment plus de chances de fonctionner. Mais chez Midnight nous n'avons jamais eu de hiérarchie des goûts. On a toujours considéré que n'importe quelle musique pouvait être écoutée par n'importe qui…

    B&G : Parle-nous de Kim, ce multi-instrumentiste inspiré et ultra productif ! Vous avez sorti « KIM Sings The Blues » chez Midnight il y a quelques mois...
    VP : Kim voulait sortir un disque de Blues. Marius et moi on est vraiment fans de sa musique, en plus d'être potes avec lui ; nous n'avons pas hésité une seconde ! Pour l'enregistrement, Kim a fait un choix particulier, il s'est posé en tant qu'interprète. On a fait tous les arrangements, on lui a proposé les morceaux, il est venu au studio et il a chanté. Pour rester dans cet esprit participatif cher à Midnight, on avait demandé à Michelle Blades et Malvina Meinier de composer un titre, non pas sur une structure blues, mais plutôt sur ce qu'elles pensaient être un blues. Michelle a composé What They Called A Descent, et Malvina Crystal In Veins. Cléa Vincent aussi a joué sur cet album, ainsi que Dick Turner (pour un titre qui ne figure pas sur l'album, mais qui est sorti en single), Junior Vic Band et Doc Lou Trio (deux groupes dans lesquels je joue et avec lesquels j'ai dû faire 15 fois le tour de la France), Sacha (le guitariste de la Femme), René Miller et Marius.

    B&G : Il y a Michelle Blades aussi, qui vient de sortir l'album « Ataraxia ».
    VP : Nous avons sorti ce disque en mai 2015. C'est une grande compositrice. Elle possède un débit de création assez hallucinant et une grosse capacité d'adaptation à tous les styles. Elle ne va jamais chercher les harmonies simplistes. Elle a aussi un jeu de guitare unique : elle joue beaucoup en arpèges, ou plutôt dans des formes d'arpèges particulières, très liées à sa pratique du ukulélé. C'est en partie cette façon d'appréhender la guitare qui confère à ses morceaux un style assez unique. C'est aussi Michelle qui nous a présenté une autre artiste Midnight, Womanmay. C'est une Vénézuélienne qui fait une musique hypnotique très intéressante.

    B&G : Midnight Special records fête ses quatre ans mercredi prochain au Glazart, quel est le programme ?
    VP : Malvina Meinier viendra jouer son dernier album, « Home ». Puis Michelle Blades. Sans oublier Gazza du collectif Jalousie, qui fera un DJ set.

    B&G : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
    VP : Nous prévoyons de monter un nouveau studio d'enregistrement. Et évidemment nous souhaitons continuer à produire les artistes avec la liberté que nous avons actuellement. Continuer d'expérimenter au maximum, de découvrir de nouveaux artistes.

    Interview de Victor Peynichou (label Midnight Special Records)

    B&G : C'est le moment tant attendu de l'interview « dernier coup » ! Dernier coup de foudre ?
    VP : Aux États-Unis, j'ai découvert plusieurs groupes pendant la tournée. Anibal Velasquez par exemple ; c'est de la musique latine, avec de l'accordéon… Je suis tombé sur son vinyle, « Mambo Loco » (cf photo de droite ci-dessus), à Lyon. Je pourrais aussi citer Chastity Belt, avec leur nouveau disque « Time To Go Home », qu'on écoutait beaucoup sur la route pour nous motiver.

    B&G : Dernier coup dur ?
    VP : Le fait de rentrer des États-Unis et qu'il pleuve tous les jours à Paris…

    B&G : Dernier coup de barre ?
    VP : Après la tournée américaine ! On a fait 6 000 kilomètres, on est sortis lessivés…

    B&G : Dernier coup de rouge ?
    VP : Plutôt un non coup de rouge : je n'ai pas goûté de bourbon au Kentucky, c'est un vrai regret.


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