• Interview de Niki Demiller, pour la sortie de l'EP L'Aventure le 29 novembre 2018.

    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

     Interview de Niki Demiller (8 novembre 2018)

    Baptiste & Gérald : On va d’abord essayer de connaître ton parcours musical. Comment as-tu commencé à jouer de la musique ? Est-ce que tes parents s’intéressaient à la musique ?

    Niki Demiller : Non, mes parents n’écoutaient pas trop de musique. En fait, j’habitais en banlieue, dans le Val-de-Marne, et je m’ennuyais. A Champigny-sur-Marne, il n’y avait rien à faire. Avec mes copains, vers l’âge de 12 ans, on s’est mis à écouter du rock. 

    B&G : Quels sont les premiers groupes qui t’ont marqué ?

    ND : Les Ramones et les Stooges. J’avais un copain d’école dont le père avait joué dans Métal Urbain, un groupe mythique de punk français. Du coup, un des premiers concerts auxquels j’ai assisté, c’était la reformation de Métal Urbain. C’est un des concerts les plus fous que j’ai vus, ça a changé ma vie.

    B&G : Avec tes copains, tu as tout de suite voulu constituer un groupe de rock ?

    ND : Oui, pour passer le temps, on s’est mis à jouer. On tapait sur des cartons. On avait une seule guitare, qu’on faisait tourner à trois. On faisait du Ramones. Et très vite, on a composé nos propres chansons.

    B&G : D’ailleurs, jouer les chansons des Ramones, ce n’est pas aussi simple que ça en l’air.

    ND : Oui. Joey Ramone est un grand chanteur. Et rythmiquement, c’est dur à tenir, il faut une bonne main droite.

    B&G : De quel instrument tu jouais à l’époque ?

    ND : Je me suis mis à la guitare. Comme il y a de la place en banlieue, on a pu répéter très rapidement dans un local insonorisé. On pouvait essayer plein d’instruments. J’avais trouvé un vieil orgue Farfisa, avec deux étages et le pédalier. Je l’avais trouvé sur le Bon Coin, il appartenait à quelqu’un qui jouait dans les églises. Du coup, je me suis mis aux claviers. Et maintenant, je suis 100% claviériste. Je ne joue plus du tout de guitare, je suis passionné par les claviers.

    B&G : Tu avais pris quelques cours de musique ?

    ND : Oui, quand j’étais enfant, ma mère m’avait inscrit à quelques cours de piano. Donc j’ai appris le solfège. Mais ça m’a saoulé, j’ai tout oublié. Je jouais du Jerry Lee Lewis. Ce qui est drôle, c’est que j’ai repris une formation musicale assez tardivement, il y a trois ans, après dix ans en autodidacte.

    B&G : C’est avec ces copains que tu as formé ton premier groupe, les Brats ?

    ND : Oui, ça a tout de suite été les Brats. On se connaissait depuis l’école primaire. Youri, le batteur, habitait à deux rue de chez moi. Et puis des jeunes qui aimaient le rock dans ce coin-là, il n’y en avait pas d’autres que nous trois. En 2004, on a fait nos premières répétitions.

    B&G : Les Brats étaient très influencés par les Ramones. Ca s’entend !

    ND : Complètement. Déjà le nom du groupe, inspiré par la chanson « Beat on the brat ».

    B&G : Après les Brats, tu as sorti des morceaux en solo. Tu avais envie de jouer une musique qui sortait du carcan rock typique ?

    ND : Oui, j’ai des goûts assez variés. J’ai une grosse sensibilité pour la musique française et francophone en général. Ça m’obsède complètement.

    B&G : On le ressent dans ton premier EP Tout va bien. Dans une chanson comme « J’ai dû vous lasser », qui rappelle le Jacques Dutronc des débuts, ou encore Nino Ferrer.

    ND : J’adore ça. Cet EP était aussi très influencé par Jean-Claude Vannier.

    B&G : Pourquoi avoir arrêté les Brats ?

    ND : C’était un beau malentendu. On était juste trois copains qui voulaient tromper l’ennui. Et on a eu une forte exposition, qui n’était pas préparée, pas contrôlée, ni même voulue. On a joué dans des salles assez importantes. C’était une belle expérience, mais j’étais mal à l’aise. C’est pour cela qu’on n’a pas sorti d’album à l’époque : nous n’étions pas prêts pour sortir quelque chose de pertinent artistiquement. Après les Brats et «Tout va bien », mon premier EP en solo, j’étais complètement lessivé, c’était violent de se retrouver exposé dès l’âge de 14 ans. A l’arrêt des Brats, j’avais 17 ans et je voulais être autonome financièrement. Donc j’ai trouvé un boulot : je suis rentré dans une petite boîte en tant que stagiaire, je faisais des mises à jour de bases de données. Ca a duré dix ans.

    B&G : Et pendant ces dix ans, tu ne jouais plus de musique ?

    ND : J’en jouais, mais c’était léger. Je n’avais pas forcément beaucoup de choses à dire. Pendant cette période, j’ai organisé un festival dans mon quartier, avec Charles Hurbier de Métal Urbain. Ca s’appelait Rock sur Marne. C’était une belle expérience, ça m’a permis de voir une autre facette du monde de la musique, en tant que programmateur.

    B&G : Au bout de dix ans, qu’est-ce qui t’a conduit à vouloir refaire de la musique ?

    ND : Il a fallu que j’aille vraiment au bout du truc de bosser et de gagner ma vie. J’étais devenu commercial puis directeur des ventes dans la pub. C’était assez déprimant. Finalement, j’ai fait un burn out. Donc j’ai voulu changer. Et c’est là que je suis revenu à la musique. Grâce au FONGECIF, j’ai pu reprendre des études d’orchestration et d’arrangement.

    B&G : Pourquoi l’orchestration et l’arrangement ?

    ND : Je crois que je m’étais toujours senti illégitime dans ce que je voulais faire : j’avais un pied dans l’énergie du rock, mais j’avais en moi l’envie d’écrire des chansons très orchestrées. J’ai toujours aimé Francis Lai, qui est mort en début de semaine ; j’adore Gérard Manset, que tu ne peux pas jouer tout seul avec ta guitare. J’avais vraiment besoin d’avoir une connaissance approfondie de la musique, de l’étudier. Donc c’est ce que j’ai fait très sérieusement pendant deux ans, quasiment nuit et jour. A la fin de ma formation, j’ai pu écrire pour un orchestre harmonique de 40 musiciens. C’était une adaptation de Station To Station de David Bowie, j’étais très fier. C’est un travail extrêmement solitaire, tu écris tes partitions tout seul toute la journée, et à la fin, d’un seul coup, 40 musiciens prennent possession de l’œuvre, plus un public qui est là. C’est très impressionnant.

    B&G : C’est une démarche assez différente de celle d’un groupe de rock. Dans un groupe, celui qui compose est aussi celui qui joue. Là, en tant qu’arrangeur, tu dois laisser filer ton œuvre, tu deviens spectateur.

    ND : Un spectateur très actif quand même, car il faut bien communiquer avec les musiciens, se mettre à la place des autres et leur écrire des parties agréables à jouer : le violoniste, le joueur de tuba ou le percussionniste n’ont pas les mêmes attentes ni les mêmes problématiques. Il faut bien comprendre chaque problématique. Quand on étudie ça sur l’ensemble d’un orchestre, c’est très intéressant de le transposer dans un groupe de rock de quatre ou cinq musiciens. Avant, j’avais tendance à travailler dans l’expansion, à faire des choses compliquées et savantes. Maintenant je me dis qu’une œuvre n’a pas dix mille choses à dire : une œuvre a un propos et, pour bien servir ce propos, il faut lui faire prendre un seul chemin, pas deux. Aujourd’hui, je travaille dans le retrait, dans  l’épuration, plutôt que dans la surenchère.

    B&G : C’est cette formation qui t’a donné l’envie de refaire de la musique, de refaire des chansons pour toi, de rechanter ?

    ND : Oui. A un moment, je ne voulais plus prendre un instrument, je ne voulais plus chanter. Et cette formation est  vraiment à la base de mon envie de refaire de la musique, de remonter un projet en tant que chanteur, de refaire de la scène. Très clairement. Et, parallèlement, mes dix années passées à travailler dans le tertiaire m’ont beaucoup inspiré. J’ai assisté à des trucs qui sont le quotidien de millions de personnes mais dont on ne parle pas, sauf Michel Houellebecq. Dans « Extension du domaine de la lutte » par exemple. Quand j’étais commercial, pendant un déplacement, je lisais Houellebecq et ça me faisait du bien. Toutes ces phrases débiles du genre « on va les bouffer », tout ce pognon qui est dépensé pour des services qui ne servent en fait à personne. J’avais envie d’écrire là-dessus, je trouvais ça pertinent, sans pour autant vouloir le dénoncer. J’avais envie d’aborder ce sujet d’un point de vue poétique.

    B&G : Tu as devancé notre prochaine question. Les thèmes de ton nouvel EP L’Aventure nous ont effectivement fait penser à Houellebecq : le jeune cadre dynamique, plus si jeune et plus si dynamique, qui est seul et désabusé.

    ND : C’est ça. C’est une espèce d’observation de la vacuité du monde du tertiaire.

    B&G : Dans « L’aventure », ce côté western absurde, avec un faux duel, rappelle les phrases que tu as évoquées, du genre « On va les bouffer » ou « On est des winners ».

    ND : Quand on est commercial dans le tertiaire, on se met une telle pression pour réussir des ventes … C’est tellement premier degré que ça fait rigoler. J’avais envie de mettre du fun, je bouillonnais intérieurement de partager cette expérience solitaire et drôle.

    B&G : C’est très bien retranscrit, dans les musiques et dans les textes. Surtout dans « L’aventure » et dans « Silicon Valley », qui peuvent être vues comme les deux faces de ce monde du tertiaire.

    ND : Merci. J’ai appelé ça le blues du tertiaire. En fait, les chansons de l’EP s’inscrivent dans le cadre d’un concept album , qui est déjà maquetté et qu’on va commencer à enregistrer le mois prochain. Ça fait trois ans que je travaille sur ce projet.

    B&G : Ce qui est notable dans les cinq chansons de l’EP, c’est que chaque morceau a un style très différent. « L’aventure », dans un style musique de western. « Silicon Valley », avec un côté disco, avec des airs d’Abba. « Cœur Défense » ressemble à un reggae fatigué, un peu comme le ska déprimant des Specials de « Rat Race » ou de « Ghost Town ». « Assole Hero » sonne 60’s psyché. C’était une volonté de ta part ?

    ND : Je crois que je ne peux pas m’empêcher de faire comme cela. Je ne saurais pas dire à quel style j’appartiens. Et j’ai pris goût à travailler pour d’autres artistes, qui me donnent des cahiers des charges, qui me disent que tel morceau doit sonner comme ci et tel autre comme cela. J’ai conçu les chansons de mon album de cette manière. J’aime bien me donner des challenges sur chaque morceau. Par exemple, je voulais que « L’aventure » sonne comme du Vannier, avec des cordes. Puis aller vers de l’électro, du piano – voix, … Pour chaque chanson, je souhaite donner une couleur musicale différente. L’album sera très varié. Encore plus que l’EP. Ça m’a longtemps posé problème, je me demandais comment assumer cela, comment avoir une certaine unité. Et puis quand on écoute de la pop anglaise, on se rend compte que certains albums sont très variés. Comme Parklife de Blur, un de mes albums préférés.

    B&G : Dans l’EP, il y a deux duos. « Silicon Valley » avec Victorine. Et « Assole Hero » avec Lewis Evans, le chanteur des Lanskies.

    ND : C’est Gaël Etienne qui m’a mis en contact avec Victorine. Je joue sur scène avec lui et il est son arrangeur. J’aimais beaucoup ce que faisait Victorine. Je voulais écrire une musique pour une chanteuse à la France Gall, avec une voix aigüe, je voulais écrire une musique de fanfare entre Walt Disney et de la disco belge. Et ça a donné « Silicon Valley ». « Assole Hero » racontait la vie d’un commercial qui s’ennuie, je trouvais que ça faisait très anglais, j’avais besoin d’un chanteur de Liverpool !

    B&G : Tu as écrit les morceaux pour eux ?

    ND : Non, pas du tout. L’idée n’est pas de chanter en duo avec telle personne. C’est plus une recherche de couleur, une démarche de production. On a écrit « Silicon Valley » à deux, avec Victorine. Je trouvais ça intéressant de faire cohabiter mon austérité avec le côté explosif de Victorine. Je trouve qu’elle est peu une sorte d’Iggy Pop version manga.

    B&G : Quels sont les arrangeurs qui t’ont influencé ?

    ND : Je ne vais citer que des français. Gérard Manset, qui orchestrait tout et arrangeait lui-même ses morceaux. J’adore La Mort d’Orion. François de Roubaix, pour son inventivité, pour sa recherche de la note inattendue, de la bonne trouvaille au bon moment. Et un contemporain, Antoine Rault. Il avait arrangé mon premier EP, Tout va bien. Il joue dans plusieurs groupes : Forever Pavot, Lescop. C’est Antoine qui m’a donné l’envie d’arranger. Il essaye de surprendre. C’est une belle démarche quand on souhaite faire de la musique digne de ce nom. On vient tous d’un héritage, on a tous entendu beaucoup de musique, beaucoup de choses ont déjà été dites. Il faut se faire violence, quitte à se choquer soi-même, pour amener le discours dans une autre direction. Maintenant, dès que je suis mal à l’aise par rapport à ce que je suis en train de créer, je me dis que je suis sur le bon chemin. Que je suis en train de créer quelque chose d’original. Parmi les autres arrangeurs contemporains, j’aime aussi beaucoup Fred Pallem et Bertrand Burgalat.

    B&G : Et chez les anglo-saxons ?

    ND : Je suis très fan de Brian Eno. J’adore son travail avec les Talking Heads. Ils ont emmené la musique dans des contrées étranges. Il a aussi travaillé sur le dernier album de Rachid Taha. C’est un disque extraordinaire, un chef d’œuvre. D’ailleurs, mon nouvel EP est une tentative de faire du Brian Eno. C’est plus ou moins réussi, mais on a essayé.

    B&G : Tu as d’autres projets d’orchestration et d’arrangement ?

    ND : J’ai fait l’habillage musical d’une pièce de théâtre qui s’appelle Les Chansons de l’Espace, mise en scène par Anthony Breurec. J’ai aussi composé le thème du film Pacific Mermaid d’Alexis Barbosa. L’an dernier, j’ai fait un arrangement pour 17 musiciens de la chanson « La Quête » de Jacques Brel, en hommage à Jean Rochefort, qui devait jouer Don Quichotte au cinéma. On l’a présenté au Petit Bain, j’étais assez fier de cela.

    B&G : Ton EP L’Aventure sort bientôt ? Tu as prévu de le jouer sur scène ?

    ND : Oui, l’EP sort le 29 novembre chez la TEBWA. Et on va faire un concert à l’International le 29 novembre. Je serai à l’affiche avec Jo Wedin et Abel Chéret. Des dates sont en train de se monter. On va probablement aller à Bruxelles et à Lille.

    B&G : Tu continues avec le même groupe de musiciens ?

    ND : Oui. C’est une belle équipe : Gaël Etienne aux synthés. Baptiste Dosdat à la guitare. Vincent Pedretti (ndlr. : batteur du groupe Aline) à la batterie, qui a remplacé Rémy Faure (ndlr. : batteur du groupe Mustang). J’ai joué avec Rémy pendant 4 ans, j’ai beaucoup travaillé avec lui sur l’EP. Baptiste est très créatif, il met de la folie dans la musique. Gaël est un plasticien de la musique, il a une approche très graphique, il travaille les textures. Vincent est une brute en terme de rythme, il est d’une grande dextérité. Les gens avec qui je joue sont constitutifs de ma musique.

    B&G : On va terminer avec l’interview « Dernier Coup ». Dernier coup de rouge ?

    ND : Mes trente ans la semaine dernière

    B&G : Dernier coup de blues ?

    ND : Hier soir. Tout le temps.

    B&G : Dernier coup de gueule ?

    ND : Je ne pousse pas beaucoup de coups de gueule. Bon, je vais quand même en pousser un contre certaines salles parisiennes qui demandent beaucoup aux artistes : il faut être communicant, graphiste, caissier, éventuellement servir les bières.

    B&G : Dernier coup de cœur ?

    ND : J’en ai deux en ce moment. Coltrane. Et le pianiste François Samson qui joue Ravel. C’est un gros coup de cœur. Je l’écoute sans arrêt. Le concerto en sol majeur de Ravel, joué par un pianiste maudit et sublime, qui avait un toucher incroyable.


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  • Interview de Céline Tolosa

    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    Interview de Céline Tolosa (2 octobre 2018)

    Baptiste & Gérald : Vendredi Soir est ton deuxième Ep, après Cover Girl sorti en mai 2015. Pourquoi ne pas avoir opté pour un album sur cette sortie ?

    Céline Tolosa : On a mis beaucoup de temps à réaliser ce deuxième Ep, et en définitive on aurait eu la possibilité de faire un album dans la mesure où on ne s’arrête jamais d’écrire et de composer, avec Dino Trifunovic, qui a réalisé ces deux disques. Mais le format court, le format Ep, me convient plutôt bien, car il permet de passer des messages de manière plus clair à mon sens, et il permet d'opérer des virages plus subtils, des changements de couleur plus fins, d'une sortie à l'autre. En l’occurrence, entre les deux Eps en question, le style a légèrement évolué, ce qui était principalement dû à l’utilisation de nouveaux instruments et donc de nouvelles sonorités. Et puis le format Ep convient bien à la pop en général je pense, car je doute du fait que beaucoup de monde de nos jours prenne le temps d'écouter une douzaine de titres… Un Ep est intense, direct. C'est un peu comme un court-métrage. Le premier Ep est un peu comme ma carte de visite par exemple.

    B&G : Peux-tu décrire l'évolution qui t'a fait passer du premier au deuxième Ep ?

    CT : Je suis toujours très imprégnée de la musique pop des 60s, mais j'arrive gentiment aux 70s et surtout aux sonorités des années 80. J'ai beaucoup écouté Daho, Lio, Niagara, Taxi Girl, Elli & Jacno… Les sons de synthé que j'aime beaucoup aujourd'hui avaient tendance à m'agacer auparavant, je les trouvais pauvres, un peu simplistes. Et j’ai changé d’avis ! cela m'a donné envie de les utiliser, de jouer avec, de changer de couleur. Et puis on a intégré le rhodes dans cet Ep, un instrument très jazz, qui apporte un côté plus suave, et qui me renvoie à mes premiers émois musicaux.

     

     

    Les événements de novembre 2015 ont peut-être influencé un peu ce changement. Avec Dino, nous travaillions dans un studio juste à côté du Bataclan, et après cela je n'ai plus eu envie de faire de la pop acidulée, très colorée, qui faisait penser à l'univers du réalisateur Jacques Demy. J'ai voulu passer à autre chose. Je travaille toujours beaucoup les mélodies, mais mes textes actuels, toujours mélancoliques sans tomber dans la tristesse, sont un peu plus désabusés. Disons que la fête est finie ! Paris n'est pas une fête mais ça n'empêche pas de s'amuser…

    B&G : Il y a un deuxième âge d'or des filles dans la vague French Pop actuelle, on pense à Cléa Vincent, Alexia Gredy, Victorine, et bien d'autres, qui rappelle la période faste des Lio, Mikado, Regrets…

    CT : C'est un vrai putsch féminin ! J'aime beaucoup Cléa Vincent, en plus je lui ai emprunté son batteur sur mon Ep ! Je l'admire vraiment : elle a énormément travaillé. Peut-être que c'est elle qui a ouvert la voie à d'autres filles, comme Juliette Armanet, Clara Luciani, qui ne sont pas des débutantes, loin de là. En ce qui me concerne, c'est la même chose, j'ai 33 ans, j'ai mis du temps à réfléchir mon projet musical. Et puis il faut en vouloir, sinon rien n'arrive ! Le talent ne suffit pas, il faut bosser.

    B&G : Mention spéciale pour les choeurs sur ton Ep que l'on a trouvé très travaillés…

    CT : Oui c'était très important pour moi d'avoir des choeurs qui donnent une profondeur à chacun des morceaux, qui peignent le décor de chaque chanson, et qui donnent d'ailleurs souvent une impression légèrement fantomatique comme sur Les Beaux Garçons. L’harmonie, la polyphonie c’est très important à mes yeux. J’ai adoré chanter en choeur, je l'ai fait tous les après-midi quand j'étais enfant, en parallèle du Conservatoire de Paris et des cours de piano. Je regrette de n'avoir pas assez travaillé cet instrument, car j'arrive à composer au piano mais je ne suis pas très à l'aise… En En tout cas, je fais très attention aux choeurs, c'est un instrument supplémentaire, ils permettent d'habiller une mélodie, d’intensifier une phrase, un mot.

    B&G : On dit souvent que les chansons d'Aznavour, qui vient de nous quitter, étaient des films, tant les histoires qu'il racontait sautaient aux yeux. Tu t'inscris un peu dans cette démarche non ?

    CT : J'ai eu des ambitions dans la comédie quand j'étais plus jeune, ma mère est comédienne, mon père faisait des décors… Je suis très cinéphile. Cela m'a nourri, tout au long de ma vie. Et puis en écoutant les histoires des autres et en les observant, on s'inspire beaucoup, beaucoup plus qu'en se regardant le nombril. Le fait de dire « il » ou « elle » dans une chanson permet de prendre de la distance en inventant un personnage, même si l'on peut incorporer beaucoup « de soi ». Et puis l’auditeur reçoit le morceau de manière plus rapide, c'est immédiat. « Vendredi Soir » est une bonne illustration de cette conception. J'en reviens au cinéma : j'aime bien glisser des titres de films dans mes chansons, c’est un clin d’œil à moi-même et à ceux qui saisiront la référence. La Mariée était en noir par exemple, dans « Vendredi Soir ». Je suis une fan de Truffaut, depuis que j'ai vu La Peau douce alors que j’étais encore petite, ce film reste mon préféré. Et puis je suis très sensible aux musiques de films, c'est très important. Je pense à Philippe Sarde et à ses compositions magnifiques pour les films de Claude Sautet…

    B&G Tu reprends une chanson d'Alain Souchon sur ton Ep, « L'Amour en fuite », qui est au générique d'un autre film de Truffaut, L'Amour en fuite. Le cinéma n'est jamais très loin !

    CT : En revoyant ce film, et le générique, je suis tombée amoureuse de cette chanson. Je ne la connaissais pas, alors que j'adore Souchon, ses mélodies, ses textes, très poétiques… On a beaucoup transformé ce morceau pour l'Ep.

    B&G : Tu te souviens de ton premier concert ?

    CT : Eh bien justement il a eu lieu dans un cinéma, le Nouveau Latina, c'était en 2014, à l'occasion d'une projection du film Le Mépris, de Jean-Luc Godart. C'était un petit set, 5 morceaux je crois. J'étais mortifiée, mais aussi assez grisée, et sidérée de constater que les gens écoutaient et que mes chansons pouvaient plaire. Ils m'ont demandé à la fin s'il y avait des Cds à acheter, un site internet… Il n'y avait rien !

    B&G : On passe à la traditionnelle interview Dernier coup. Dernier coup de rouge ?

    CT : Hier soir !

    B&G : Dernier coup de cœur ?

    CT : L'album Image au Mur de Grand Blanc, et le dernier de The Rodeo, Thérianthropie Paradis qui vient de sortir.

    B&G : Dernier coup de gueule ?

    CT : Ma voisine. Qui m'a réveillé samedi dernier à 7h du matin…

     

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          - Discographie : Ep Vendredi Soir (5 octobre 2018), Ep Cover Girl (4 mai 2015)

     

    Agenda concerts : Release Party le 6 octobre, à l'International


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  • Interview d'Igor Keltchewsky, du groupe Marie Henri.

    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    Interview de Marie Henri (14 septembre 2018)

    Baptiste et Gérald : A l'évidence, ta musique offre une esthétique très référencée et très « arty », on pense au design des couvertures, et même à ton bandcamp. D'où vient cette orientation ?

    Igor Keltchewsky : J'ai fait les Beaux-Arts à Lyon, j’y ai passé 5 ans, puis j’y suis resté encore un peu car j’aimais bien cette ville, la vie y est assez agréable. Ceci dit, la musique a toujours été le fil rouge de mon histoire artistique, précédant les arts plastiques. Je me suis rendu compte très vite qu’apprendre des choses formellement gâchait ma passion, ou m'en détournait. J’ai par exemple pris des cours de batterie pendant quelques années, et cela a fini par m’angoisser, par m’écœurer, comme le fait d’aller au lycée. J’ai donc vite compris qu’il ne fallait pas que je fasse d’études en lien avec la musique ; au contraire je devais veiller sur cette passion et cet espace de liberté comme sur un trésor. Et puis je dois dire qu’il est plus simple pour moi de communiquer à travers la musique, c’est un langage que je maîtrise mieux. J’ai tenté de mélanger la musique et les arts plastiques quand j’étais aux Beaux-Arts, mais là-bas on était plus focalisés sur la recherche expérimentale de sons, ce qui ne me correspondait pas du tout : je voulais juste faire des chansons, et les chanter ! J’étais dans une démarche très pop et spontanée. Néanmoins, lors des deux premières années d’école, j’ai un peu mis de côté la musique pour me concentrer sur la peinture, la vidéo, la photo, ce qui m’a permis – je ne l’ai réalisé que récemment – de prendre du recul sur la musique et d'envisager d'autres possibles…

    B & G : Ce parcours devait t'emmener tout droit vers la « performance » artistique…

    Igor : Oui, j'ai découvert beaucoup de choses qui m'ont influencé, comme la musique minimaliste, avec Philip Glass, Rhys Chatham ou d'autres. Cela me donne des idées pour mes lives, bien que je doive reconnaître que j'ai des difficultés à mélanger l'aspect performatif avec la musique. Je ne me sens pas l'âme d'un performeur finalement, je suis plus à l'aise chez moi, face à mes compositions, avec mes bricolages musicaux, pour essayer de faire de jolis morceaux. Cela dit, la scène a toujours été un élément assez compliqué à gérer. Un peu de timidité, mais aussi un peu d'incompréhension. Mais certaines expériences récentes m'ont permis d'envisager le live différemment, davantage comme un moment de partage et d'énergie ; auparavant, j'avais tendance à vouloir prolonger le moment de composition de ma chambre vers la scène, ce qui n'a pas beaucoup de sens, en définitive.

    B & G : Tu disais tout à l'heure que tu as pris des cours de batterie, pas banal pour quelqu'un qui est à l’affût de la mélodie, de la bonne compo…

    Igor : Je suis obsédé par le rythme, c'est un moteur dans ma manière de composer. Ce qui me plaît dans la guitare, c'est la rythmique. J'ai écouté beaucoup de punk, les Ramones, les Sex Pistols, ce qu'ils faisaient ne nécessitait pas d'avoir une technique folle. En revanche, cela m'a beaucoup appris sur le rythme. J'ai joué de la batterie vers l'âge de 11 ans dans un groupe où il y avait aussi mon frère. J'ai composé mes premiers morceaux à 12 ans, et j'ai toujours voulu enregistrer… Je jouais avec un pote du collège, à Versailles. On faisait une sorte de Simon & Garfunkel, easy listening – même si je n'aime pas le terme –, à notre niveau bien sûr !

    B & G : Que pouvait-on trouver dans ta CDthèque d'adolescent ?

    Igor : Des choses très variées : ça allait de Prodigy à Aqua, en passant par Blink 182 ! Depuis, j'ai mis de côté beaucoup de choses, mais d'autres sont restées, les Clash par exemple. Un peu plus tard, vers 15-16 ans, j'ai écouté toute la britpop, Pulp et Jarvis Cocker, Oasis, Blur. Et puis tout ce qu'a pu faire Damon Albarn. En revanche, les influences plus françaises sont venues tardivement, je n'ai pas baigné dans la variété française. Je ne connais pas bien Lio, ni Michel Berger-France Gall, bien que j'aie fait une reprise de « La déclaration d'amour » pour une compil' au moment de la mort de France Gall. Le produit des ventes était reversé à une association qui s'occupe d'accueillir des migrants. En revanche j'aime beaucoup Patrick Coutin ! Et, plus récemment, Dondolo aussi ! Et puis je n'ai pas pu échapper à Gainsbourg ou Bashung.

    B & G : Tu joueras ton premier concert parisien avec ton projet Marie Henri le 20 septembre pour la 4ème édition de This Is French Pop, c'est bien ça ?

    Igor : Oui tout à fait. J'ai déjà joué les morceaux de Marie Henri dans le cadre d'une expo à Villeurbanne, on avait fait seulement 5 répétitions je pense ! Désormais, pour Marie Henri, j'ai allégé mes parties synthé pour pouvoir me concentrer sur la guitare et le chant. Mais j'ai déjà joué à Paris, avec mon autre projet Abraham Murder (cf https://abraham-murder.bandcamp.com/) que je mène depuis 5 ou 6 ans. J'ai sorti un disque en décembre 2017, et j'ai enchaîné avec une petite tournée. C'est un projet qui est orienté « multi-plateforme » musique, dessin animé, jeux vidéos. Gorillaz a été une grosse inspiration évidemment. J'étais fasciné par cette façon de mélanger les genres et les sonorités, tout en conservant une cohérence et une unité. J'aime bien cette démarche qui aboutit à cristalliser un moment artistique, à encapsuler son temps dans une œuvre. Un peu comme Houellebecq peut le faire dans ses bouquins ; justement un de mes albums fétiches c'est l'album de Houellebecq et Burgalat, Présence Humaine… Pour en revenir à Abraham Murder, on retrouve des sonorités de Marie Henri bien entendu, dans la mesure où je travaille avec le même matériel. Mais c'est plus froid, plus cold wave, avec des aspérités plus anglo-saxonnes. D'ailleurs, ce sont des morceaux en anglais. J'ai appelé ce projet ainsi car un de mes prénoms est Abraham, et les deux autres sont Marie et Henri. J'ai ressenti le besoin d'avoir un nom féminin pour mon autre projet, et ça tombait plutôt bien que je porte un prénom de femme ! J'aime bien l'idée d'avatars, alors je pense que les prénoms que l'on porte peuvent être des révélateurs de différentes facettes de nos identités cachées…

    B & G : Comme Alex Rossi, tu aimes la chanson italienne. Tu reprends d'ailleurs « Sarà Perché Ti Amo » de Ricchi e Poveri et « Ancora Tu » de Lucio Battisti dans un album de reprises … Qu'est-ce-que tu aimes dans la chanson italienne ?

    Igor : « Sarà Perché Ti Amo », c'est vraiment la chanson de touristes italienne, mais en même temps elle me plaît vraiment, car il y a cette légèreté, ce côté décomplexé, dont j'avais besoin pour me lâcher. Et puis ensuite j'ai découvert Lucio Battisti, il y a un an à peu près : à chaque morceau écouté, je me prenais une claque. Ce qui m'a frappé, c'est à quel point, surtout chez lui, la langue vient façonner et rythmer la mélodie. Je m'étais fait cette réflexion quand j'ai découvert Shintaro Sakamoto, chanteur du groupe Yura Yura Teikoku…

    B & G : Qu'est-ce-que tu penses de l'écriture en français alors ?

    Igor : J'ai mis beaucoup de temps avant d'assumer des paroles en français. En France, on est trop littéraires, on aime trop le texte. Même s'il est important de soigner les paroles, les chansons ont besoin d'autre chose, à mon sens, pour exister et livrer ce qu'elles veulent exprimer. Elles s'accommodent souvent mal de cette pesanteur littéraire. Alors en France, quand on fait de la pop, on est entre la variété et la chanson à textes, on est pris entre deux feux… Il est assez délicat de naviguer entre !

    B & G : Quels sont les projets pour Marie Henri ?

    Igor : J'aimerais bien sortir l'album qui est sur le bandcamp en physique, donc trouver un label qui pourrait me soutenir. Et puis – c'est une des raisons de mon retour sur Paris – mon but est de faire plus de concerts…

    B & G : Quel est le plus beau compliment qui t'a été fait ?

    Igor : Aux Beaux-Arts, au moment d'un diplôme un peu raté d'ailleurs, on m'avait dit que mon travail était « singulier et personnel ». J'aime bien entendre ces termes ; unique c'est un peu fort, je ne crois pas que je puisse prétendre à ça. Et puis j'aime bien manipuler des clichés, des images collectives, autant dans la musique que dans la vidéo. Ce qui fait que le pire compliment qu'on pourrait me faire, en revanche, serait de dire que ma musique est « sympa ». Ce qui signifie : « c'est ok », « ça passe » !

    B & G : C'est le moment de l'interview « dernier coup » ? Dernier coup de rouge ?

    Igor : Dans l'attente du prochain ! C'est pas du Deleuze ça !

    B & G : Dernier coup de cœur ?

    Igor : J'en ai tous les jours beaucoup ! Mais le dernier gros coup de cœur, même si ça remonte, c'est Lucio Battisti. Ça m'a remis en question. C'est assez ancien, et pourtant ça vieillit terriblement bien. Et en plus, sa musique a tendance à ouvrir des portes, au contraire de celle de Gainsbourg par exemple.

    B & G : Dernier coup de gueule ?

    Igor : Je ne suis pas trop dans le coup de gueule, j'essaie toujours de comprendre ! Les choses qui m'agacent me font réfléchir, mais pas vraiment réagir. Je suis un animal à sang froid…

     

    Pour suivre les actualités de Marie Henri :

         - Facebook : https://www.facebook.com/MarieHenriband/

         - Bandcamp : https://mariehenri.bandcamp.com/


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