• Interview de Romain Guerret et Romain Leiris, du groupe ALINE (jeudi 13 décembre 2013).
    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    Le lendemain du concert d’Aline à la Flèche d’Or et juste avant le début de la soirée « French Pop », nous avions rendez-vous au Motel avec Romain Guerret (chanteur) et Romain Leiris (bassiste) pour une interview. Dans une ambiance très amicale, et dans un langage très coloré, ils nous ont parlé de leur album, de leurs influences, de la « charte Aline », et de l’avenir.

    Baptiste et Gérald (B et G) : En écoutant Aline, cela nous a fait penser à la chanson de Christophe Les Paradis Perdus, pour le côté nostalgique mais aussi pour le côté « rock qui étonnait même les Anglais ».
    Romain Guerret (RG) : Il y a plusieurs choses mêlées dans l’album. Des chansons apparues un peu au même moment, pendant des périodes un peu sombres, comme on peut tous en avoir, des moments où tu te raccroches à des bons souvenirs, à des histoires qui te font du bien ou qui te rassurent.

    B et G : Votre style, le groupe Aline ?
    RG : Léger dans la profondeur. Profondément léger, ou légèrement profond, je ne sais pas comment on peut dire. Notre style n’est pas unidimensionnel. Au final, l’album n’est pas très gai. Mais on ne verse pas dans le misérabilisme. En France, il y a une grande tradition de la chanson à texte. Nous au contraire on cherche à dire des choses simples, sans complexe, avec une sorte d’ironie sincère, sans désir de casser, de faire mal. On peut dire des choses qui touchent les gens avec de la pudeur, et peu de mots. Toujours à la recherche d’une histoire, d’une tranche de vie, d’un moment.

    B et G : Un grand bravo à la section rythmique.
    RG : C’est super important le rythme. Une chanson, ce n’est pas seulement des mélodies enlevées. La musique commence par la batterie, c’est la pulsation rythmique qui va orienter le morceau. C’est ce qui donne l’énergie. Ensuite il suffit de dérouler.

    B et G : La basse sur Teen Whistle ressemble énormément à l’intro de Girlfriend in a Coma de The Smiths.
    Romain Leiris (RL) : Je ne connaissais pas ce morceau de The Smiths. On s’en est rendus compte un jour de tournée, en l’écoutant dans le camion.

    B et G : "Regarde le Ciel" Meilleur album de l’année pour Magic RPM, L’Ultima Canzone d’Alex Rossi sur le podium des singles. Quelle est la suite pour 2014 ?
    RG : Le prochain album sera plus ciselé, plus aérien, plus sobre au niveau des arrangements. La strate guitare sera un peu plus en arrière-plan. Les synthés prendront un peu plus de place. On va creuser encore plus la ligne claire, en intégrant des choses nouvelles. L’album sera plus urbain, un peu plus noir. On va aller vers des teintes de gris, alors que pour « Regarde le Ciel », on était plus dans le bleu, le bleu ciel.

    B et G : Comment se passe la composition musicale au sein du groupe ?
    RL : Les premiers morceaux (Les Copains, Elle m’oubliera, Les éclaireurs, Obscène) ont été composés seulement par Romain Guerret. Ensuite chacun a appris à parler le même vocabulaire, on a mis en place la charte « Aline », la couleur et l’univers de l’album, en faisant émerger des références en commun (la scène garage 60s, The Velvet Underground, The Pixies, Belle and Sebastian, …).

    Interview de Romain Guerret et Romain Leiris, du groupe ALINE (13 décembre 2013)

    Photo par Marie Labat


    B et G : Pourquoi ne reprenez-vous jamais de morceaux de Dondolo sur scène ? En particulier ceux de l’album « Une vie de plaisir dans un monde nouveau », qui sont vraiment très bons.
    RG : J’aime beaucoup certaines chansons de cet album, Shimera, par exemple. Mais on n’a jamais voulu mélanger Dondolo et Aline. Car Dondolo avait été un relatif échec, mais cela ne pouvait pas être autrement. On a évolué en nous interrogeant sur les raisons de ce non-succès.

    B et G : Dans la grande tradition indie pop (« Hateful of Hollow » des Smiths,  « Sci-Fi Lullabies » de Suede, « To see the lights » de Gene, …), ça ne vous tente pas de sortir un album de faces B, de reprises, de versions de travail, de morceaux en live ? Par exemple, avec les chansons Hélas, Je suis fatigué, Les éclaireurs, la reprise des Désaxés Tout ce que je veux, ou des versions acoustiques de Je bois et puis je danse et Elle m’oubliera ?
    RG : Très bonne idée. Ce serait super, on va y réfléchir. On pourrait aussi mettre des inédits, comme La rivière est profonde qu’on joue trop peu sur scène ; on peut aussi penser à des versions démos ou des versions alternatives.
    RL : On a par exemple une version alternative d’Obscène, avec un tempo très lent.
    RG : Avant le deuxième album on aimerait bien sortir un CD comme ça.

    B et G : Vous étiez en marinières hier, vous chantez en français. C’est une commande politique de Montebourg ?
    RG : La marinière c’est simple, très graphique, designé, et ça représente bien la France à l’étranger.

    B et G : Aline représente la pop Made in France, et hors de France on s’intéresse à vous ?
    RG et RL : Aux États-Unis oui. Mais on n’a pas de visibilité en Angleterre, ils sont très protecteurs. Et il y a aussi la grande famille de la pop qui va du Pérou à l’Indonésie. On a joué à Montréal, en Belgique. On pourrait faire une tournée aux Etats-Unis, un ou deux mois, comme un road trip. En tout cas sur le papier ça fait rêver. Tu pars avec 5 000 euros, tu dors chez d’autres groupes, tu te fais prêter le matos. Mais on peut en revenir complètement vidés.

    B et G : Est-ce qu’il y a quelque chose qui tient à la météorologie dans la pop ?
    RG : Il y a en effet des rapports à la politique, à la place d’un pays dans le monde, à la situation industrielle. Quelque chose qui tient à la grisaille ouvrière et à la culture populaire.
    RL : J’ai vécu à Rennes ; les nuages super hauts, sans forme, avec une ambiance plus rugueuse. Tu as envie d’être avec des gens qui t’apportent une énergie, une chaleur, qui te donnent envie de sortir.

    Interview de Romain Guerret et Romain Leiris, du groupe ALINE (13 décembre 2013)

    Photo par Marie Labat


    B et G : Romain, c’est ta maman qui tricote les bonnets qui sont vendus pendant les concerts ?
    RG : Je lui ai laissé carte blanche, elle les fait avec des restants de laine.

    B et G : On va maintenant terminer avec une interview « Dernier coup » ! Alors qu’Arnaud Pilard (guitariste) nous rejoint ! Dernier coup de cœur ?
    RG : Ma nana !
    RL : Le petit village provençal dans lequel j’habite, Jouques. Tu vas remplir tes bouteilles à la source, c’est génial.

    B et G : Dernier coup de gueule ?
    RG : En bagnole, j’ai insulté une automobiliste. Dans une bagnole, tu deviens vulgaire, tu deviens méchant.
    RL : La voiture révèle la vraie personnalité de la personne qui conduit.
    RG : Je te remercie ! (rires)
    Arnaud (A) : Un journaliste des Inrocks, qui nous a classés dans le top album mais qui n’a pas écrit le bon titre de l’album.
    RL : j’ai rarement des coups de gueule, mais je suis râleur au quotidien.

    B et G : Dernier coup de foudre ?
    RG : Sean Nicholas Savage. On l’a vu en live, on a beaucoup aimé. Ça peut hérisser le poil !
    RL : Ma fille !
    A : Ma nouvelle guitare, une Rickenbacker.

    B et G : Dernier coup de fil ?
    RL : Ma compagne et ma fille.
    RG : Julien Lorieux.
    A : Le Père Noël.

    B et G : Dernier coup dur ?
    RG : Hier, je me suis pris une enceinte dans le bide, en déménageant notre local. Je crois que j’ai un hématome.
    RL : J’ai éclaté ma voiture ! Je suis dégouté !
    A : Quand Romain m’a cassé ma guitare lors d’un concert à Montréal.
    RG : Mais en même temps ça t’a permis d’avoir ton dernier coup de foudre.

    B et G : Dernier coup de rouge ?
    RG, RL et A, tous ensemble : Hier soir à la Flèche d’Or.

    Nous espérons vous revoir lors de votre concert à La Clé des Champs de Plaisir le 7 février 2014, pour un nouveau coup de rouge et quelques chansons inédites. A bientôt. Et encore merci pour "Regarde le ciel", qui a été la bande son de notre année 2013.


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  • Live report : concert du groupe ALINE à Paris (La Flèche d’Or), mercredi 12 décembre.
    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    Alors que son album "Regarde le ciel" sorti en janvier dernier, vient d’être élu album de l’année par le magazine Magic RPM, les fans et les curieux qui se sont rendus mercredi soir à la Flèche d’Or ont pu passer un moment convivial avec le groupe et acheter des bonnets « Aline » faits main pour affronter l’hiver.

    Live report : concert du groupe Alineà Paris (La Flèche d’Or), mercredi 12 décembre

    Photo par Marie Labat


    Sur scène – et ce malgré des problèmes d’acoustique et d’électricité dans la salle –, Aline prend une autre dimension, avec des influences punk et post-punk très marquées (Buzzcocks, Stranglers, Blondie, …). Entendez par là une musique nerveuse, sans temps mort, avec une section rythmique infaillible sur laquelle viennent se poser ces lignes de guitare pures et cristallines, véritable marque de fabrique du groupe. Ceci dit, à classer parmi les insolites, on peut noter le passage éclair de Grunt – chant guttural en français – de Romain Guerret sur le refrain du morceau Obscène !

    Live report : concert du groupe Alineà Paris (La Flèche d’Or), mercredi 12 décembre

    Photo par Marie Labat


    Au milieu des (déjà) classiques issus de "Regarde le Ciel", Aline a joué deux inédits (La lune sera bleue et Mon Dieu, mes amis) qui donnent une idée de la couleur de leur prochain album et de l’évolution du groupe. On a alors du mal à comprendre pourquoi le public est resté si timide face à un groupe si généreux et disposant de tubes très dansants, au premier rang desquels figure Je bois et puis je danse.

    On retiendra que le chanteur et le guitariste des Désaxés ont rejoint Aline pour une reprise de Tout ce que je veux qui en dit long sur ce que doit être la musique : plaisir, partage, amitié, rencontres. C’est d’ailleurs le sens des derniers mots de Romain Guerret adressés au public de la Flèche d’Or, après une sublime version des Copains, magnifiquement illustrée par un montage vidéo : « C’est pour ça qu’on fait de la musique, y’a pas d’autres choses à faire dans la vie ».

    Live report : concert du groupe Alineà Paris (La Flèche d’Or), mercredi 12 décembre

    Photo par Marie Labat


    Setlist (concert d'Aline à la Flèche d’Or) : Maudit garçon > Deux hirondelles > Obscène > Tout ce que je veux (reprise des Désaxés, avec les Désaxés) > Voleur > La Lune sera bleue (inédit) > Elle et moi > Elle m’oubliera > Regarde le ciel > Teen Whistle > Les Eclaireurs > Rappel 1 Je bois et puis je danse > Rappel 2 Mon Dieu mes amis (inédit) > Les Copains


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  • Concert de Suede, Festival les inRocKs 2013, La Cigale, Lundi 11 novembre, 21h30.
    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    Brett Anderson le dit lui-même : « c’est toujours un moment spécial pour Suede de jouer à Paris. » La France fut le premier pays européen, en 1993, à accueillir leur glam pop cinglante – après le Royaume-Uni évidemment –, sans oublier un concert de reformation jouissif à l’Elysée Montmartre, quelques mois avant le grand incendie de mars 2011. Lundi soir, quelques mètres plus loin, dans la superbe salle de la Cigale et dans le cadre du Festival les inRocKs 2013, Suede revenait sur scène, rien que pour le meilleur.

    Live Report : concert de Suede à La Cigale (11 novembre 2013)

    Photo par Lisa Liautaud

    17 morceaux en une heure vingt. Suede confirme son retour et le statut de machine de scène qui a fait son succès dans les années 90, grâce à un répertoire vaste, riche de mélodies haut de gamme et d’hymnes pop un peu timbrées qui n’ont pas pris une ride. Avec Still Life en ouverture de set, on se dit que tous les ingrédients sont réunis pour que la magie opère : un lyrisme acide souligné à la fois par des riffs brillants et un chant immatériel qui vous prennent aux tripes. Et puis c’est l’alchimie : un concert tonitruant, rythmé des plus gros tubes du groupe – de Trash à Metal Mickey en passant par So Young, Filmstar et Beautiful Ones pour finir. Le public revit les plus belles années du groupe, celles du tryptique « Suede » (1993), « Dog Man Star » (1994) – respectivement 78ème et 31ème meilleurs albums de tous les temps selon le récent classement du NME – et « Coming Up » (1996). Le nouvel album « Bloodsports », à la croisée des trois albums cités, ne décevra pas les fans et en attirera de nouveaux.

    Suede redevient le meilleur groupe Britpop, après deux albums en demi-teinte. Symboles de ce retour aux sources, les morceaux It Starts and Ends with You, Sabotage ou Barriers. Les thèmes du désenchantement, de la souffrance, de l’interminable et mortifère combat pour – contre ? – l’amour sont mis en avant, comme au bon vieux temps, si on peut dire ! Tout comme le déhanché légendaire et la théâtralité arrogante du dandy Brett Anderson, qui s’amuse avec ses admirateurs, va même parmi eux pour le morceau The Drowners. La chemise trempée de sueur, le sautillant leader de Suede joue toujours aussi dangereusement avec le fil de son micro, qu’il fait tourner au-dessus de la foule, tel un lasso. Un petit mot sur l’enfant prodige Richard qui a étalé une maitrise impressionnante, presqu’indécente pour les guitaristes amateurs qui essaient péniblement de jouer les morceaux de Suede ! Il nous ferait presque oublier Bernard Butler, premier guitariste du groupe, qui quitta le groupe en 1994.

    Live Report : concert de Suede à La Cigale (11 novembre 2013)

    Photo par Lisa Liautaud

    Pour deux chansons, Suede retire les piles, Brett enlève les ressorts et c’est à genoux qu’il hypnotise la salle avec Heroin et The 2 of Us. Entre les deux morceaux, pour plus d’intimité, il demande à ce que l’on « tire les volets » pour être intégralement plongé dans le noir… Et puis, les spots se rallument, la demi-boule à facettes posée à côté de la batterie peut de nouveau faire scintiller la fosse et les balcons. Suede le 11 novembre à la Cigale : de la haute couture !

    Suede, Setlist Paris 2013 : Still Life > Barriers > It Starts and Ends with You > Trash > Animal Nitrate > We Are The Pigs > Sabotage > The Drowners > Filmstar > Heroin > The 2 of Us > For the Strangers > So Young > Metal Mickey > Beautiful Ones > Rappel 1 : She’s in Fashion (version acoustique) > Rappel 2 New Generation


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