• Interview de Pierre Mikaïloff, pour la sortie de de son recueil de nouvelles "Terminus Las Vegas".

    22 novembre 2016, Le Pop In. Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    Interview de Pierre Mikaïloff, pour la sortie de "Terminus Las Vegas"

    Pierre Mikaïloff, guitariste du groupe Les Désaxés puis de Jacno, auteur de romans et de biographies (Serge Gainsbourg, Françoise Hardy, Alain Bashung, …), vient de publier « Terminus Las Vegas », un recueil de nouvelles, aux éditions Paul & Mike. Las Vegas y est un mirage construit par des mafieux, un mensonge perdu dans le désert, un cauchemar pour des losers en fin de parcours, une porte des enfers qui fait se croiser fantômes de rock stars et rock stars fantomatiques. Dans ce Las Vegas, les humains sont fatigués. Les démons sont trop humains. Les rock stars ont perdu leurs pouvoirs et ressemblent à d’anciennes divinités déchues. Comme si les Grands Anciens de Lovecraft avaient forcé sur la bouteille et atterri dans "American Gods" de Neil Gaiman. Terminus Las Vegas, tout le monde descend, pas la peine de prendre un billet de retour.

    Recontre avec Pierre Mikaïloff, qui nous parle de son Las Vegas et de ses personnages. Et, en bonus, une playlist à écouter en lisant « Terminus Las Vegas » !

    Baptiste & Gérald : Tu as démarré comme musicien, guitariste au sein du groupe Les Désaxés puis pour Jacno, et ensuite tu es passé à l’écriture. Essais, biographies, romans, journalisme, … Pourquoi cette évolution ?

    Pierre Mikaïloff : Je suis passé de la musique à l’écriture sans passer par la case journalisme, mais par la case « petits boulots » aux débuts des années 2000. Mon premier livre était un recueil de nouvelles, « Some clichés : une enquête sur la disparition du rock’n roll ». De là, on m’a proposé d’autres projets : Patrick Eudeline m’a contacté pour écrire le « Dictionnaire raisonné du punk », Philippe Manœuvre m’a proposé d’écrire des papiers dans Rock’n Folk. C’était en 2006. Et depuis, ça n’a pas arrêté.

    B&G : Il y a d’ailleurs toujours un fonds de musique dans ton travail d’écrivain.

    PM : Oui, la musique et le rock en particulier sont toujours présents car c’est ce qui m’a ouvert au monde. Je n’ai pas été poussé par une soudaine envie d’écrire. En fait, l’envie était là depuis très longtemps, depuis mon enfance, avant même que je ne fasse de la musique. Mais je ne savais pas comment l’aborder. À l'adolescence, monter un groupe a été plus simple, plus direct, plus spontané. Il y avait aussi la motivation collective d’être avec des potes et de jouer de la musique. Alors que pour l’écriture, on se retrouve seul, assis devant son ordinateur. Il a donc fallu attendre que je fasse moins de musique pour me mettre vraiment à l’écriture. Les plans que j’avais en tant que musicien étaient plutôt foireux, j’avais par exemple beaucoup travaillé sur une BO de long-métrage et le film a mis très longtemps à sortir. Ça m’avait découragé et un peu dégoûté de la musique. C’était le bon moment pour passer à l’écriture.

    B&G : Récemment, tu as publié beaucoup de biographies. Avec « Terminus Las Vegas », tu repasses à la fiction. C’est un choix d’alterner ? Au gré de tes envies ?

    PM : Ce n’est jamais vraiment un choix. Pour les biographies et les essais, il y a des propositions, qu’on accepte ou qu’on refuse. Au départ, je souhaitais faire uniquement de la fiction mais je voulais aussi vivre de l’écriture. Donc j’ai accepté des ouvrages « alimentaires » qui me plaisaient et qui m’intéressaient, sur le punk, sur Taxi Girl, sur Françoise Hardy, sur Jane Birkin, sur Alain Bashung… Si je me suis détourné de la fiction, c’était avant tout un concours de circonstances, et non un choix. Mais j’ai toujours continué à écrire de la fiction : des nouvelles publiées dans des ouvrages collectifs sur les Doors ou les Ramones, et aussi deux romans.

    B&G : On va revenir sur « Terminus Las Vegas ». C’est un recueil de nouvelles, qui ne se déroulent d’ailleurs pas toutes à Las Vegas. C’est plus un esprit et une ambiance autour de Las Vegas.

    PM : En fait, Las Vegas, c’est un fantasme, ça peut être n’importe où. C’est un rêve de losers, de paumés, de personnages qui au début de l’histoire sont mal partis et qui, à la fin, sont encore plus mal en point… Las Vegas, c’est aussi une ville très graphique, très cinématographique, qui se prête à l’imaginaire, avec ses néons, ses casinos, son faux Venise, son faux Paris, avec une débauche de moyens. La ville est aussi un vrai décor de rock’n’roll : Elvis y a fait son come-back scénique, les Stones y ont joué cette année.

    B&G : Dans tes nouvelles, la plupart des protagonistes pensent que Las Vegas est un rêve et une oasis. Mais, c’est plutôt un cauchemar et un mirage.

    PM : Oui. Las Vegas pourrait être un mirage : c’est une ville construite de toutes pièces dans le désert par la mafia, après la seconde guerre mondiale. Et il se pourrait qu’un voyageur, en arrivant à son but, s’aperçoive qu’il n’y a rien, que Las Vegas n’existe pas, qu’il ne reste que le lit d’un ruisseau asséché. Mes personnages n’atteignent jamais Las Vegas ou, quand ils l’atteignent, se rendent compte que la ville ne va pas renverser leur situation. C’est le cas du rocker déjanté et paranoïaque qui rêve de faire un come-back à la Elvis dans un casino détruit depuis longtemps.

    B&G : Dans la dernière nouvelle, tu fais d’ailleurs apparaître un mafieux qui tient la ville.

    PM : Oui, il y a un vrai mafieux qui possède un casino. Mais, dans cette nouvelle, il y d’autres personnages encore plus dangereux et inquiétants que les mafieux, des personnages surnaturels qui viennent d’un autre univers.

    B&G : Ces personnages surnaturels sont pourtant plus humains que les humains.

    PM : De toute façon, les spectres, avant d’avoir été des spectres, ont été des êtres humains. Donc ils doivent garder une part d’humanité.

    B&G : Les vrais humains ont parfois l’air de zombies. Et les personnages surnaturels sont aussi des losers. C’est une réunion décalée de zombies et de succubes.

    PM : J’ai un peu réuni tous les types de personnages que j’aime, à la sauce rock’n roll. Par exemple les succubes et les incubes, qui viennent de mes lectures de Huysmans. J’aime bien quand les univers se rencontrent, quand le fantastique fait irruption dans le réel, quand le réel est au bord du fantastique, quand les frontières s’estompent.

    B&G : Les légendes du rock qui traversent tes nouvelles ressemblent un peu à des fantômes surgis du passé. On devine ou on croise les fantômes d’Elvis, des Stones, de Janis Joplin. Cela rappelle des papiers que tu avais écrits pour Gonzaï, dans lesquels tu interviewais des stars du rock prétendument mortes mais qui, en fait, auraient changé de vie et vivraient dans l’anonymat. Un Jim Morrison devenu colonel en retraite, un Elvis vivant dans une caravane en Corrèze, une Janis Joplin qui tient une baraque à frites.

    PM : Il y a énormément de rock stars qui ont disparu très jeunes. Donc on se pose forcément des questions du genre « What if ? ». Si elles avaient vécu, que se serait-il passé ? Où vivraient-elles aujourd’hui ? Qu’auraient-elles fait à 50 ans ? A 70 ans ? A 80 ans ? Comme je les aime bien, je leur invente parfois un avenir. Dans les récits de Gonzaï, je partais du principe que ces rock stars disparues étaient vivantes, et qu’elles menaient une vie tranquille qui n’avait plus rien à voir avec le rock’n’roll, qu’elles avaient changé d’identité. Et j’avais inventé un journaliste qui partait à leur recherche. Dans "Terminus Las Vegas", il y a le fantôme d’Elvis qui tient un rôle important dans une nouvelle. Il y a aussi les Rolling Stones. Eux ne sont pas des fantômes, ils sont bien vivants. Enfin… à peu près. Mais ils n’auraient pas réussi à passer les années 80 avec succès, ils seraient devenus des intermittents du spectacle, vivotant en enregistrant des publicités destinées aux séniors.

    B&G : Dans toutes tes nouvelles, il y a ce côté univers parallèle.

    PM : J’aime bien jouer avec cette idée-là, avec les uchronies, faire prendre à l’histoire un mauvais virage. C’est le cas dans la nouvelle avec les Rolling Stones.

    B&G : La première nouvelle est assez intéressante dans sa construction. Elle raconte l’histoire de la chanson Me and Bobby McGee de Kris Kristofferson, à travers les souvenirs, plus ou moins cohérents, de personnes qui ont contribué ou qui ont assisté, de près ou de très loin, à sa création.

    PM : On connaît surtout la version de Janis Joplin. Dans cette nouvelle, j’ai imaginé comment Kris Kristofferson a écrit cette chanson en allant, un jour, dans un bar situé dans une ville ouvrière, comment il a rencontré un poivrot, et comment ce poivrot lui a raconté son histoire. Au milieu de cette histoire que déroule ce poivrot, qui est le vrai amoureux de Bobby, je fais intervenir les témoignages de tous les gens qui ont interprété cette chanson, Jerry Lee Lewis ou Merle Haggard par exemple. Et puis aussi les témoignages de personnes qui n’ont rien à voir avec cette chanson, comme John Edgar Hoover, patron du FBI à l’époque, ou encore Abbie Hoffman, un révolutionnaire important des années 60. Tous ont une lecture de la chanson qui dépasse largement son sens : pour Hoover, elle a un sens caché subversif ; pour Hoffman, la chanson est un appel à la révolution car Bobby porte un bandana rouge. Je m’amuse à jouer avec le texte de la chanson.

    B&G : De nombreux personnages, visibles ou invisibles, sont de grandes figures du rock. Tu les as choisis pour une raison particulière, parce que ce sont des musiciens que tu apprécies ? Elvis, par exemple, est un personnage central du recueil de nouvelles, même si on ne le voit jamais. Il est à la fois caché et omniprésent.

    PM : Elvis est au cœur des nouvelles car c’est lui qu’on cherche. Et quitte à passer du temps avec des personnages, autant que ce soit avec des gens que j’aime. Elvis, Jerry Lee Lewis, les Stones, Janis Joplin, ou encore Kris Kristofferson, font partie de mon univers, au même titre que les bandes dessinées que j’ai lues quand j’étais enfant. J’ai grandi avec eux, ce sont des personnages qui m’ont construit et qui m’accompagnent toujours. Ça m’amuse de les utiliser comme des personnages de nouvelles.

    B&G : Il y a aussi des personnages connus qui ne sont pas issus du rock, dont un Francis Ford Coppola alternatif. C’est un cinéaste qui t’a marqué ?

    PM : C’est un cinéaste que j’adore. Même si je n’aime pas tout ce qu’il a fait. « Apocalypse Now » est un de mes 10 films fétiches. Dans la nouvelle concernée, j’ai un peu repris le principe de « L’homme qui tua Liberty Valance » de John Ford : l’homme à qui on attribue un exploit, un succès, est un imposteur. Là, j’ai inventé un scénariste de l’ombre qui aurait écrit « Apocalypse Now » et un très méchant Coppola qui lui aurait volé son scénario.

    B&G : Tu montres un jeune Coppola, étudiant complètement désinvolte, qui ne pense qu’à parler des filles sur son campus, avec des ambitions cinématographiques très médiocres.

    PM : Oui. Coppola est  devenu un monstre sacré du cinéma mais je me base sur un fait réel : il a démarré en tournant des séries B pour Roger Corman, avec des budgets dérisoires. C’est pour cela que, dans la nouvelle, il travaille pour Corman et veut ajouter au scénario des filles à poil et des extra-terrestres. C’est, selon lui, ce qui attire le public en salle.

    B&G : C’est assez marrant d’avoir cette vision d’un Coppola réalisateur de nanards, très éloignée de son image.

    PM : Oui, j’aime bien égratigner les icônes, déboulonner les idoles. Surtout quand les personnages deviennent trop consensuels, quand ils font trop l’unanimité, même si ce n’est pas de leur faute.

    B&G : Dans la dernière nouvelle, tu fais intervenir Lovecraft, auteur de récits fantastiques, et Lester Bangs, journaliste musical. Ce sont tes maîtres littéraires ?

    PM : Ça m’arrangeait de les utiliser car ils sont morts et que j’avais besoin de personnages morts. Lovecraft, je l’ai beaucoup lu quand j’étais adolescent. Je ne l’ai pas relu depuis longtemps, mais il est resté très important pour moi. Quant à Lester Bangs, je l’ai découvert comme beaucoup de Français dans les années 90, quand ses textes ont été publiés aux éditions Tristram. Le personnage est devenu vraiment attachant lorsque j’ai lu la biographie que lui a consacrée un de ses amis. C’est un très bon écrivain, très drôle, un très fin analyste musical, au mode de vie pour le moins chaotique. Le petit fantasme que j’avais, c’était de me faire interviewer par le fantôme de Lester Bangs. C’est le point de départ de la nouvelle.

    B&G : Dans cette nouvelle, il y a beaucoup de personnages qui se croisent.

    PM : Oui, j’aime bien les scènes finales des comédies américaines, dans lesquelles tout le monde se retrouve, les fins à la Mel Brooks !

    B&G : Ramon Diaz, le personnage mexicain qui veut réussir à Hollywood, apparaît dans deux nouvelles, dont la dernière. Il fait penser au mythe de Sisyphe : on a l’impression qu’il est voué à tenter éternellement sa chance à Hollywood et à éternellement échouer à Las Vegas.

    PM : C’est bien observé. Il s’agit d’un gars qui n’a pas capitulé mais ça ne veut pas dire qu’il va réussir. Il a même très peu de chances d’y arriver.

    B&G : Étant donné que nous allons publier sur cette interview sur un blog musical, pourrais-tu nous donner une playlist 100% Las Vegas ?

    PM : - Kris Kristofferson : Me and Bobby McGee
            - The Rolling stones : Time waits for no one
            - Hank Williams III : My drinking problem
            - Dave and Phil Alvin : Stuff they call money
            - The Clash : Brand new Cadillac
            - Elvis Presley : Too much monkey business
            - Tony Joe White : Tell me a swamp story
            - Ian McLagan : How blue
            - Jim Ford : Spoonful

            - Richmond Fontaine : Let's hit one more place
            - Julie London : You'd be so nice to come to
            - Steve Miller Band : Living in the USA

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  • Interview de Mamfredos.
    9 octobre 2016, Francis Labutte (122 rue Caulaincourt - 75018 PARIS).
    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    Rencontre avec Mamfredos, talentueuse multi-instrumentiste et férue de jazz, qui vient de sortir son premier EP "Changement de saison".

    Interview de Mamfredos, 9 octobre 2016

    Baptiste & Gérald : Peux-tu nous parler de ton parcours ? De ta première approche de la musique ?
    Mamfredos : J'ai baigné dans la musique. Avec des parents et une grand-mère maternelle fous de jazz, qui est vraiment la base de ma culture musicale. Ma grand-mère m'a amenée dès l'âge de huit ans au festival de jazz de Juan-les-Pins. Après, ma mère m'a fait découvrir d'autres artistes, comme Boby Lapointe …

    B&G : Quels sont les artistes et les disques de jazz qui t’ont influencée ?
    M : Il y en a un sacré paquet ! J’aime bien les formations classiques : piano, contrebasse, batterie. « Kind of Blue » de Miles Davis, un disque de référence. C'est pour moi un disque merveilleux, rien à ajouter, rien à enlever. S’il y avait un disque parfait ... J’ai un autre disque de chevet, qui a largement contribué à mon envie de faire de la musique : « Piccolo » de Ron Carter. J’ai aussi été impressionnée par Marcus Miller en concert. Quand j’allais au festival de Juan-les-Pins, j’étais frappée par le fait que ces gars-là ne s’arrêtent jamais : dès qu’ils sortaient de scène, ils filaient faire des jam sessions. D’ailleurs, dans un bar, j’ai pu voir Marcus Miller au piano et Roy Hargrove à la trompette. Ils ont joué pendant deux heures. Il n’y avait personne mais ils s’éclataient.

    B&G : Quels sont les concerts qui t'ont marquée quand tu étais petite ?
    M : Keith Jarrett en trio, avec Gary Peacock et Jack DeJohnette. J’ai dû les voir une dizaine de fois. Dans un autre style, je me souviens d'un concert de Massive Attack, toujours à Juan-les-Pins. Je devais avoir environ onze ans Et, ce qui est fou, c'est que je me suis retrouvée dans les loges avec le groupe, grâce à une pote de l'époque. On a mangé des concombres et des carottes avec eux ! C'était très cool, même si je ne parlais pas un mot d'anglais. Ana Popovic, une guitariste et chanteuse de blues, une sorte de Jimi Hendrix au féminin, m'a aussi beaucoup impressionnée : gamine, je ne pensais pas que c'était possible qu'une fille ultra sexy puisse jouer aussi bien de la gratte. A l'époque, je démarrais la guitare et ça a été un vrai déclic. Ma grand-mère avait réussi à obtenir un autographe de cette fille car elle avait compris que c'était important pour moi. C'est le seul autographe que j'ai. Et je ne sais pas où il est passé …

    B&G : Tu as donc démarré la musique avec la guitare ?
    M : Oui, des amies, qui étaient mes voisines, s’y étaient mises et j'ai eu envie de m'y mettre aussi. Ça m'a plu et je me suis lancée à fond.

    B&G : Tu as commencé tout de suite à écrire tes propres morceaux ?
    M : J'ai commencé à composer quand je prenais des cours de guitare avec un super prof, Cyrille Jakob. Je ne prenais qu’une heure de cours par semaine, mais on débordait souvent car on s’entendait super bien. On est devenus amis. Le cours était divisé en deux : d’abord on travaillait la rythmique, puis les techniques de solo à la fin du cours. Quand je travaillais les morceaux, je me plantais : et en me trompant d’accord, je trouvais que ça sonnait bien quand même. C’est comme ça que je me suis mise à la composition.

    Interview de Mamfredos, 9 octobre 2016

    B&G : Tu as ensuite appris à jouer d’autres instruments ?
    M : J’ai commencé par demander une carte son à mon anniversaire, pour pouvoir m’enregistrer. J’ai tout de suite superposé plusieurs pistes de guitare. Et j’ai eu envie d’arranger. Donc, je me suis mise à la basse pour amener plus de soutien à mes morceaux. L’étape d’après, ça a été la batterie. Déjà quand j’étais petite, je déménageais les casseroles de la cuisine au salon pour taper dessus. Je crois que pour tous mes Noëls et mes anniversaires, j’ai demandé des instruments ou du matériel de musique. Je suis complètement autodidacte, je ne suis pas une grande batteuse, je fais juste des « poum tchak », mais je pense que ça suffit pour faire de bonnes chansons pop. Ensuite, je me suis mise aux claviers car j’avais récupéré le piano de mon père, un quart-de-queue. A l’époque, à 17 ans, j’enregistrais dans le studio de Grégori Czerkinsky, du groupe Mikado, et j’ai rencontré Julien Baer qui m’a montré comment transposer les accords de guitare au piano. Il m’a donné mes premières clés pour composer au piano. Ça m’a fait beaucoup de bien car ça m’a ouvert d’autres horizons, ça m’a permis de sortir de mes habitudes de composition à la guitare, de mes réflexes de guitariste… Et ça parlait à ma culture jazz : sur un piano c’est bien plus évident de plaquer des accords "jazz" … Et ça m’a éclatée de placer ces accords "jazz" dans mes arrangements pop. Le fait d’être multi-instrumentiste me permet de ne pas ennuyer les autres et d’être autonome pour composer et enregistrer.

    B&G : En parlant d’autonomie, tu enregistres chez toi à Provins ?
    M : Oui. En ce moment, je monte un studio d’enregistrement à Provins. C’est une vraie chance. Je suis très contente et très excitée de me lancer dans cette aventure.

    B&G : Tout à l’heure, on a parlé des concerts qui t’ont marquée. Comment te situes-tu au niveau du live ? Tu en as fait beaucoup ?
    M : J’en ai fait très peu. Mamfredos sur scène, c’est du tout neuf ! J’avais joué dans un loft quand j’avais sorti mon premier single, Didoudamour. Récemment, j’ai fait un concert à La Java. C’est Mélanie Bauer (Radio Nova, France Inter) qui m’a invitée à jouer dans une de ses soirées « Tube à Essai ». Je venais de sortir le single Circa, et mon premier EP allait sortir. Pour ce concert, j’étais accompagnée par Valentin Durup, qui joue avec Robi et La Canaille… On se connaît depuis longtemps, on a accompagné un ami ensemble. C’est toujours un plaisir de jouer avec Valentin, on se capte bien, ça va vite ! Et je viens de jouer aux Trois Baudets (le 3 octobre), en version solo : avec ma guitare, un ordi, une SPD et un petit clavier. J’ai re-travaillé les arrangements des chansons pour proposer des versions différentes par rapport à l’EP.

    B&G : Tu peux nous parler de ton premier EP, « Changement de Saison » ?
    M : Ça m’a pris beaucoup de temps. C’est mon premier bébé ! Certaines chansons sont assez anciennes. Elles me sortent parfois un peu par les trous de nez, j’ai envie de les remixer, de les réarranger, de les rechanter, de changer un mot, de les produire différemment (et puis maintenant je vais avoir le studio, le vrai gros son !)… Mais j’ai décidé de les sortir telles quelles parce qu’il faut savoir poser la plume et qu’elles me représentent bien : c’est moi et j’en suis fière, il n’y a pas de triche. Des chansons et des disques il y en aura beaucoup d’autres !

    B&G : Tu retravailles souvent tes chansons ?
    M : Ça dépend. Trop tard par exemple, je l’ai faite en une nuit. Et je n’ai quasiment rien retouché après.

    B&G : Comment procèdes-tu ? Tu écris d’abord la musique ou les paroles ?
    M : Ça évoluera peut être, mais pour l’instant, je commence par la musique, avec des boucles, souvent la nuit. Je mets une boite à rythme, je plaque des accords, je me mets quelques sons, des textures, pour me poser une ambiance. Au bout d’un moment, j’ai une phrase qui vient, je la répète, un peu comme une litanie, puis d’autres phrases arrivent et complètent la première… De fil en aiguille se dessinent un couplet, un refrain… Et ensuite, je retravaille les arrangements : j’ajoute une basse, je reviens sur la guitare car la basse a apporté quelque chose de nouveau, puis j’ajoute des cordes, et je reviens sur la guitare, j’enlève les cordes, je mets un synthé… Ça peut rendre assez dingue !

    B&G : Quand est-ce que tu as décidé d’écrire tes propres chansons et de sortir des disques ?
    M : J’étais à la fac et je travaillais comme musicienne pour d’autres chanteuses. C’est d’ailleurs comme cela que j’ai rencontré Grégori Czerkinsky. C’étaient des chanteuses-comédiennes qui parlaient/chantaient et ça m’a beaucoup appris pour la composition et l’arrangement, car il fallait leur construire des univers qui leur soit propres, qui leur correspondent, qu’elles puissent être à l’aise et balancer les mots comme elles le souhaitaient, et surtout que ce soit leur musique à elles. Au bout d’un moment, en les voyant chanter, je me suis aussi sentie capable de la faire. Et je me suis lancée. A la même époque, Helena Noguerra m’a encouragée. Je l’avais rencontrée sur MySpace. Quand je lui ai fait écouter mes bouts de morceaux (qui faisaient 30 à 40 secondes), elle a trouvé ça bien et m’a dit : « Ils sont bien tes morceaux. Pourquoi tu ne chantes pas dessus ? ». Et je me suis laissée prendre au jeu. Je me suis rendue compte que la voix, c’était un peu l’instrument ultime. Aujourd’hui je m’amuse beaucoup avec ma voix. J’aime bien chanter différemment d’une chanson à l’autre, essayer des textures ... C’est comme quand je choisis de jouer de telle ou telle guitare sur tel ou tel titre, c’est un feeling que je cherche …

    B&G : Tu as évoqué Grégori Czerkinsky de Mikado, et aussi Helena Noguerra, qui est la sœur de Lio. La chanson Circa et son clip font penser à Niagara. Ces artistes des années 80 sont des influences que tu revendiques ?
    M : En fait, je les ai découverts assez tard. On m’a aussi parlé de François de Roubaix. Mais je ne connaissais absolument pas quand j’ai commencé. J’écoutais presque uniquement du jazz. Pour Niagara, c’est marrant, vous n’êtes pas les premiers à me dire ça. Certaines personnes trouvent que j’ai une voix et des intonations qui font penser à Muriel Moreno.

    B&G : Ca te fait plaisir qu’on te compare à eux ?
    M : Ah oui ! Ils ont fait des super chansons, avec beaucoup de fraîcheur et de sincérité. C’est tout ce que j’aime. De la pop de qualité.

    B&G : Dans tes compositions, qui sont de la pop, tu arrives à intégrer tes influences jazz ?
    M : J’ai fait des études de médiation culturelle. Pour moi, ce qui est important, c’est que le plus grand monde ait accès à l’art. J’essaye de faire en sorte qu’à travers mes chansons pop, les gens trouvent des portes d’entrée vers le jazz et inversement (que les passionnés de jazz puissent se retrouver dans la pop). Keith Jarrett, même si je suis dingue de sa musique, ce n’est quand même pas très accessible à tous, le gars ne fait aucun effort pour que tu rentres dans son bordel. L’idée, dans ma musique, c’est d’introduire des éléments issus du jazz, de les cacher. Pour qu’un jour, une personne qui a écouté mes chansons et qui n’aime pas le jazz, arrive à accrocher quand il en entend, arrive à tendre l’oreille, que ça lui parle inconsciemment. Mon plaisir, c’est de faire des chansons simples en apparence, mais très travaillées, dans lesquelles plusieurs lectures sont possibles.

    B&G : A la sortie de ton EP, est-ce que certains avis t’ont étonnée ?
    M : J’ai été surprise par une critique, censée être négative, que je n’ai absolument pas comprise : ma musique serait « limite vulgaire ». Du coup, j’ai réécouté tout l’EP, pour être sûre ! Et je me suis tapé un fou rire pas piqué des hannetons !

    B&G : Quels sont les artistes que tu écoutes en ce moment ? Tu t’intéresses à d’autres univers musicaux ?
    M : Cette année, je suis allée aux Francofolies et j’ai été emballée par Keren Ann, Lou Doillon et Emily Loizeau, qui sont pourtant très éloignées de mon univers. Le concert de Keren Ann a été une grosse claque : elle a un sens de la mélodie et de l’arrangement assez incroyable, c’est une sacrée musicienne. Emily Loizeau fait des arrangements singuliers, très personnels : sur scène, elle dépote. Lou Doillon  je l’avais déjà vue lors de la tournée de son premier disque, et j’avais vachement aimé. Mais là, quelle évolution, ça défonce ! J’adorerais travailler avec ces trois filles, elles font leurs trucs, elles sont passionnées, sincères, et on sent que ce sont de sacrées bosseuses.

    B&G : Actuellement, tu travailles à temps plein dans la musique ?
    M : Oui, mais je ne gagne pas d’argent. C’est une des raisons pour lesquelles je suis partie de Paris pour aller vivre à Provins. La vie y est d’ailleurs plus agréable et moins stressante qu’à Paris. Et j’ai la chance d’avoir un papy et une maman qui font tout ce qu’ils peuvent pour me permettre de faire de la musique.

    B&G : On va terminer avec l’interview « Dernier coup ». Dernier coup de cœur ?
    M : Ma vie a été assez merdique ces derniers temps … Le disque « IV » de BadBadNotGood.

    B&G : Dernier coup de gueule ?
    M : Mes coups de gueule ne durent jamais plus de deux secondes. Ils existent mais ils ne comptent pas.

    B&G : Dernier coup de rouge ?
    M : Ce midi. Avant que vous arriviez ! Avec mon ami Thierry Cardot, qui est paysagiste. Il travaille avec ma mère, qui est architecte.

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  • Interview de Ludovic Bors, du label Q-Sounds Recording (6 septembre 2016, au Pop In).

    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    Quand des mods fans de britpop discutent avec un fan de hip-hop, de quoi parlent-ils ? De soul, bien évidemment ... Rencontre avec Ludovic Bors, co-fondateur du label Q-Sounds, la référence française en matière de soul !

    Interview du label Q-Sounds Recording, 6 septembre 2016

    Baptiste & Gérald : Peux-tu nous parler de la création du label Q-Sounds Recording ?

    Ludovic Bors : On a démarré le label fin 2009, il y a presque 7 ans. On vient de Seine-Saint-Denis, qui est un département très créatif.

    B&G : Quelles sont les références musicales du label ? Et les tiennes ?

    LB : J'ai toujours fait de la musique. Je viens du hip hop et de la house. Avec un de mes meilleurs amis, JC aka Chris Thomas, qui est un des plus vieux DJ de house français. On a un parcours commun : on vient de banlieue, on a une forte culture hip hop. Lui s'est intéressé très tôt à la house de New York et de Chicago, à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Nous nous sommes connus il y a 18 ans en traînant dans des labels communs. Kiff Records par exemple. On a rencontré d'autres potes qui faisaient aussi de la musique, dont Antoine avec qui j'ai fait des maxis sur le label QALOMOTA. Notre culture commune de collection de disque, de digging, autour des samples de soul, nous a donné envie de monter un label de soul. Et Q-Sounds est né. Avec le Q de QALOMOTA : au départ, Q-Sounds était un peu une excroissance de QALOMOTA.

    Interview du label Q-Sounds Recording, 6 septembre 2016

    B&G : Tu joues de la musique ?

    LB : Oui, je joue des claviers : Rhodes, orgue, … Et je suis aussi flûtiste ; j'ai fait le conservatoire à Montreuil, là où j'ai grandi. Quand je produisais, je mélangeais des machines et des instruments. Actuellement, je joue dans plusieurs groupes du label : The Adelians, Rebecca Dry, Radek Azul Band. En fait, on est un noyau dur de musiciens qui participe aux différents projets du label.

    B&G : Tu as eu des influences familiales quand tu étais petit ?

    LB : Non. Pas du tout. Mes parents avaient peu de disques : du Georges Brassens, du Jacques Brel. Que des trucs que je n'aime pas (rires). Ils avaient quand même un disque de Dave Brubeck que j'écoutais.

    B&G : Qu'est-ce qui t'a donné envie de faire de la musique ?

    LB : A 7 ans, j'ai pris ma première grosse claque musicale. C'était un concert de Dizzy Gillespie à la mairie de Montreuil. C'était sa période jazz funk. J'ai lutté pour ne pas m'endormir avant la fin du concert ! Ensuite, tout ce que j'écoutais me semblait nul.

    B&G : Quel est le disque qui t'a marqué quand tu étais jeune ?

    LB : C'est « Paid in Full » d'Eric B. and Rakim. J'avais trouvé ce que j'aimais !

    B&G : Que signifie le logo de Q-Sounds ? Il rappelle un peu les esthétiques des écussons Northern Soul ou le logo de Trojan.

    LB : Oui, on voulait des armoiries à l'ancienne. Avec le Q de Q-Sounds au milieu. Et une fleur de lys pour rappeler l'Ile-de-France, notre terroir. Il n'y a pas que les Bretons qui sont fiers de leur région (rires) ! Nous aussi, nous sommes fiers de venir de Seine-Saint-Denis. Un peu comme le label Daptone, qui est indissociable de Brooklyn.

    B&G : Aux débuts du hip hop, tu as eu l'occasion d'aller aux Etats-Unis ?

    Je ne suis allé qu'une seule fois à New York. J'ai bien sûr chiné dans les magasins de disques. Mais je n'y suis pas resté assez longtemps pour m'imprégner de l'atmosphère. JC, lui, y est allé plusieurs fois : il a vraiment senti l'explosion du hip hop et de la house, dans des concerts et dans des soirées.

    Interview du label Q-Sounds Recording, 6 septembre 2016

    B&G : Comment en es-tu arrivé à écouter de la soul ?

    LB : C'est vraiment par l 'intermédiaire des samples dans le hip-hop : James Brown, puis du jazz funk, des choses plus douces et plus élaborées. Et en tirant le fil de la pelote, j'ai écouté les productions CTI, Blue Note, Prestige. Puis de la disco, de la soul 60's, de la early soul, du rock'n roll à la Chuck Berry. 

    B&G : C'est marrant. Car on vient de la culture mod. Pas du tout de la culture hip-hop. Et on se retrouve sur la soul !

    LB : En effet, la plupart des gars de notre âge qui écoutent de la soul viennent de la culture mod, via le rhythm'n blues anglais des 60's. Je suis venu au blues anglais assez tardivement. Et, même si je la comprends, je n'ai pas une grande culture britpop, ce n'est pas ancré en moi. Mais j'ai toujours écouté du punk. Je ne sais pas pourquoi, depuis tout petit, j'ai toujours aimé le punk. J'aimais beaucoup les Sex Pistols. Pour en revenir aux mods, ils sont vraiment cools car ils nous ont permis de jouer dans leurs festivals.

    B&G : Récemment, vous avez d'ailleurs ajouté au catalogue Q-Sounds des références plus pop : le blues anglais 60's avec Pan, la surf music avec The Wave Chargers.

    LB : Oui, je connaissais la surf music depuis 15 ans mais je n'en écoutais pas beaucoup. Et je me suis rendu compte que c'était vachement bien.

    B&G : Pan fait penser à la scène mod et blues anglaise des 60's.

    LB : On est en plein dans le freakbeat, dans le british blues boom. J'adore !

    B&G : On retrouve aussi ce côté chez Sheetah et les Weissmüller. 

    LB : Dans leur dernier album, on se place dans une tradition de la soul française. Ils reprennent le travail là où Eddy Mitchell l'avait laissé dans les années 60. Dans les paroles et les compositions, l'intention est assez proche.

    B&G : Vous voulez continuer à élargir le spectre musical de Q-Sounds, à aller vers d'autres univers musicaux que la soul ?

    LB : On ne se fixe pas de limites. Si on a assez d'argent pour sortir les disques qu'on aime, on les sort. C'est aussi simple que ça. Par exemple, on a sorti un 45 tours Live des Marginals, un disque complètement barré, enregistré avec des moyens très rudimentaires, quasiment uniquement instrumental pendant 11 minutes. Ça ne nous rendra jamais riches, mais ça nous rend fiers !

    B&G : Comment découvrez-vous les groupes que vous produisez ?

    LB : Au départ, la scène soul française était quasiment inexistante. Aujourd'hui, elle n'est pas énorme mais elle existe quand même. La plupart des groupes qui existent sont passés chez nous ou sont chez nous. Ça crée un noyau, un réseau. Donc on fonctionne pas mal par connaissance. On découvre aussi d'autres groupes dans des concerts : Pan par exemple, on a joué ensemble à Rennes. Ça nous a intéressé et on leur a proposé de sortir un 45 tours. Le problème de la soul, c'est que c'est une musique de chanteur et de chanteuse, il faut trouver des voix qui ont une personnalité. Et ce n'est pas évident.

    B&G : Vous sortez uniquement des vinyles ? Ou des CD ?

    LB : On ne sort presque que des vinyles, un peu par plaisir égoïste car nous sommes des collectionneurs. Notre économie est très fragile. On ne vit pas du label, Notre but, c'est que les disques arrivent à se rembourser. Ça marche environ une fois sur deux, parfois ça prend un peu de temps. Le CD est dur à vendre, sauf quand on tourne ou qu'on a des garanties de distribution. Mais on ne tourne pas assez pour presser 1000 CD. Il y aussi le problème de la SDRM, qui double nos frais de production et de pressage.

    B&G : Ce qui est notable sur Q-Sounds, c'est que certains groupes essayent de chanter en français. Par exemple, les Adelians. Et ça sonne très bien !

    LB : Pour être honnête, ça n'était pas naturel pour nous. De par notre âge, on a découvert le hip-hop et la soul uniquement par la musique américaine. Mon éducation musicale s'est faite en  anglais. Après, j'ai découvert des chanteurs comme Eddy Mitchell et Nino Ferrer, ou des yéyés qui ont fait des adaptations de soul. En fait, nous sommes venus à l'écriture en français avec Little Clara. Un jour, après avoir travaillé un morceau en anglais, on a constaté que ça ne sonnait pas bien. Au même moment, j'écoutais un morceau de Tiénou, une chanteuse française que j'adore mais qui a un peu disparu. Je me suis dit que c'était la direction à prendre. Ça a été le déclic, la barrière du français était tombée. Et pour Florence, la chanteuse des Adelians, comme pour tous les jeunes de maintenant, ça ne pose aucun problème de passer de l'anglais au français. Il y moins de frontières, de chapelles, de tribus musicales. Même si, en France, on a quand même un problème avec la pop : on aime trop le texte par rapport à la musique, on fait de la poésie chantée. Georges Brassens, c'est bien, mais sans la musique. Dès que ce n'est pas engagé, qu'il n'y a pas un message, c'est méprisé. Comme les yéyés qui ont fait une pop en français, avec des chansons simples et hédonistes, qui reflétaient leur environnement, des refrains faciles à retenir. Ça n'empêche pas d'avoir parfois une dimension sociale, mais le but c'est quand même de faire la fête, de danser, de bouger sa nuque. Mais attention, écrire de la pop, ça ne veut pas dire écrire des textes inintéressants : il faut aller à l'essentiel. C'est très difficile. C'est un vrai travail d'auteur. Chez Q-Sounds on a d’ailleurs la chance de collaborer avec une auteur/mélodiste super talentueuse qui s’appelle Christelle Amoussou. Elle a travaillé sur tout le répertoire des Adelians, une grande partie de celui de Rebecca Dry & Radek Azul Band, ainsi que sur les 45 tours de Charlène ou encore sur l’album de Carmen Randria.

    B&G : Quelles sont vos actualités pour fin 2016 et 2017 ?

    LB : On va se focaliser sur les Adelians car leur album a été très bien reçu. Pour cet album, on a travaillé avec le label Specific de Metz, qui nous a vraiment beaucoup aidé. C'est un label dirigé par Florian et Jenny, qui s'occupent du magasin La Face Cachée et aussi du label Replica qui fait de la réédition. Comme nous, ils sortent avant tout les disques qu'ils aiment. Ils ont vraiment fait un boulot énorme pour faire connaître l'album et pour le vendre. Les critiques on été très bonnes. On a repressé l'album une fois, ce qui a été une première pour nous. Même si l'album est sorti il y a déjà 8 mois, il n'est pas du tout en fin de vie. On va donc continuer la promotion autour des Adelians. On va aussi sortir un 45 tours gospel de la chanteuse des Adelians. Avec un orgue et une boîte à rythmes, dans un style minimaliste et lo-fi, comme le Why can't we live together de Timmy Thomas. Il y aura une composition originale et une reprise. Ça devrait sortir en novembre. Et le deuxième album de Rebecca Dry & Radek Azul Band sortira en 2017.

    B&G : Vous avez prévu d'organiser des concerts ?

    LB : On trouve les concerts nous-mêmes. On va jouer en Province en octobre et en novembre. On a fait des tournées en Allemagne et aux Pays-Bas. C'est très intéressant, mais ça prend beaucoup de temps et d'énergie car on fait tout nous-mêmes et on a tous des boulots à côté de la musique. On aimerait bien développer cela, avoir des relais. Donc, ça serait bien de trouver un tourneur qui s'occuperait des Adelians.

    B&G : Quel serait ton rêve dans le domaine de la musique ?

    LB : Je veux faire un morceau avec Mary J. Blige. Donc, si elle nous entend …

    B&G : Pas de problème, notre blog est très suivi (rires).

    LB : On aimerait continuer à exister. Fêter nos 10 ans. Rester auto-suffisants, ne pas perdre d'argent. Mais pas forcément en vivre … Si aujourd'hui tu veux monter un label pour l'argent, il faut arrêter tout de suite !

    B&G : C'est quand même paradoxal pour ce style de musique, qui est très populaire à l'origine.

    LB : Oui. La soul 60's est par essence commerciale. Les personnes qui montaient des labels de soul dans les années 60 aimaient la musique mais avaient aussi en tête qu'ils pouvaient devenir riches. On pouvait être un petit label dans un coin paumé et produire un hit. Il y a en France une grande vision romantico-marxiste de la soul et du hip-hop qui est complètement insupportable : on voit ces musiques uniquement à travers l'angle de la revendication et de la révolte. Mais c'est complètement faux. Quand on voit l'exposition « Great Black Music » à la Cité de la Musique, on a l'impression que les noirs ont juste le droit d'être révolutionnaires ; s'ils ne le sont pas, ce sont des nazes. S'il n'y a pas de message, ça ne vaut rien. C'est une vision des choses très colonialiste et raciste : on ne demande pas autant de conscience politique à la musique pop blanche, elle n’a pas besoin de justification ! Il ne faut pas oublier que James Brown a soutenu Nixon, qu'il était pour un capitalisme noir. Sam Cooke était un modèle de réussite à l'américaine : patron de son label, très riche. Dans un morceau emblématique comme Is it because I'm black ? de Syl Johnson, il dit qu'il veut une Cadillac lui aussi ! La plupart des grands chanteurs de soul, dans leurs albums, remercient Dieu et leur famille : ce n'est pas très révolutionnaire comme message. Après, cela n'empêche pas que la soul s'inspire du réel et parle des problèmes qui existent : la guerre du Vietnam, la discrimination,  ... Un des buts de la soul, c'est que ça aille mieux demain, mais dans un demain terrestre. C’est une sécularisation du « ça ira mieux demain (dans l’au-delà) » propre au gospel, sans forcément changer de paradigme politique.

    B&G : Qu'est-ce que tu écoutes en ce moment ?

    LB : Daptone est en tête. Ils ont un son, ils ne se contentent pas de faire du revival : ils ont intégré la culture hip-hop, tout en faisant une soul à l'ancienne. Chez Daptone, j'aime beaucoup The Budos Band. J'écoute toujours beaucoup Curtis Mayfield : il est mon Dieu ! JC m'a fait écouter un super morceau house de Louie Vega, Just the way I like it. En hip-hop, j'aime bien le dernier album d'Anderson .Paak, « Malibu ».

    B&G : Quelle serait ta playlist idéale soul idéale ? Un top 10 par exemple ?

    LB : C’est un choix impossible à faire en vrai ! En vrac et sous l’inspiration du moment :

        - Marvin Gaye & Tammie Terrell : Ain’t no mountain high enough

        - Gene Chandler : Nothing can’t stop me now

        - Syl Johnson : Wind blow her back my way

        - Doris Duke : I’m the looser

        - Curtis Mayfield : Right on for the darkness

        - Jackie Wilson : Whispers (getting louder)

        - Mary J Blige : Reminisce

        - Anthony Hamilton : Ain’t nobody worryin’

        - The MVP’s : Turning my heartbeat up

        - Eddy Mitchell: Toi sans moi

        - Sharon Jones & the Dap Kings : The Game gets old

        - Otis Redding : The dock of the bay

    Désolé, il y en a douze …

    B&G : On va terminer avec l'interview « Dernier Coup ». Dernier coup de cœur ?

    LB : La reprise gospel qui figurera dans le 45 tours de Florence, la chanteuse des Adelians. C'est un morceau assez obscur de James Bynum, We are in need.

    B&G : Dernier coup de blues ?

    Lb : Récemment, je suis tombé sur Trace TV vers 2h du matin. Ça m'a  vraiment déprimé. Honnêtement, si j'étais tombé là-dessus quand j'étais jeune, je n'aurais jamais écouté de hip-hop.

    B&G : Dernier coup de rouge ?

    LB : Je ne bois pas de rouge. Que du Coca. Mais du Coca rouge, classique.

     

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  • Interview de Gaspard Royant (21 juin 2016).

    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    21 juin, jour de Fête de la Musique. Quelques heures avant son concert sur la scène éphémère d'une place Dauphine chèrement décorée, nous avons pu nous entretenir avec un Gaspard Royant à qui tout réussit en ce moment. Après un premier album - "10 Hits Wonder" - qui mettait à l'honneur le rock et la pop des années 50 et 60, son nouvel effort "Have You Met Gaspard Royant ?" se veut plus arrangé, plus ambitieux : il s'est aventuré en territoire Northern Soul, bien épaulé à la production par Edwyn Collins, sans renier ses premières amours sur quelques ballades et slows subtilement incorporés ...

    Interview de Gaspard Royant, 21 juin 2016

    Baptiste & Gérald : Quel est ton parcours musical ? Quand as-tu commencé la musique ?

    Gaspard Royant : J'ai commencé la musique par le saxophone, en harmonie municipale. Je trouvais ça classe : j'avais en tête les photos des jazzmen. Ensuite, je me suis rendu compte qu’en jouant du saxo on ne pouvait pas faire autre chose … C'est pour cela que je suis passé à la guitare, vers 14 ans. C'était l'explosion de la britpop. Je voulais apprendre les morceaux d'Oasis et de Blur.

    B&G : Tes parents étaient musiciens ?

    GR : Non. Mais ils étaient mélomanes. J'ai écouté les disques de mon père : Pink Floyd, Elvis, ...

    B&G : Quand est-ce que tu as commencé à composer des chansons ?

    GR : J'ai toujours joué dans des groupes, depuis le collège. En 2006, je n'étais pas très heureux avec le groupe dans lequel j'étais, j'avais envie de garder des chansons pour moi, de les jouer de manière dépouillée, juste guitare – voix. Je les essayées dans des bars, je voulais voir comment je débrouillais tout seul. C'est comme cela l'aventure solo a démarré.

    B&G : Dans ton nouvel album "Have You Met Gaspard Royant ?", tu as ajouté une touche Northern Soul au rock 50's / 60's du premier album. Par exemple sur New Religion ou Speed Your Heart. C'était une volonté de ta part ?

    GR : Tout à fait. Sur mon premier album, le dernier morceau que j'ai écrit était Europe, qui est très arrangé, avec des cuivres et des chœurs. J'ai eu envie de continuer dans cette veine-là. J'écoutais beaucoup de soul à cette époque, je souhaitais aller vers un son très riche, vers une orchestration luxuriante à la Motown. C'était aussi un défi personnel : sur le premier album, je faisais une musique que je connaissais, je savais où j'allais ; je n'avais jamais écrit de chansons soul et je voulais savoir si j'en étais capable.

    B&G : Irvine Welsh vient de sortir « Skagboys », qui est une préquelle à « Trainspotting ». Dans ce roman, les personnages écoutent beaucoup de Northern Soul, par exemple dans une scène située à Blackpool. On s'est dit que ton nouvel album pourrait être la B.O. de l'adaptation cinématographique de « Skagboys ».

    GR : Merci beaucoup ! La Northern Soul est une période pas très connue, temporellement très courte, géographiquement très limitée. C'est intéressant et passionnant de voir comment s'est créée cette sous-culture, avec un foisonnement incroyable et des codes très précis.

    B&G : Tes chansons ont d'ailleurs souvent un côté cinématographique. Hard Times par exemple.

    GR : J'ai grandi dans une double culture musique et cinéma. Donc, j'ai autant de références et d'influences musicales que cinématographiques.

    B&G : Edwyn Collins semblait tout désigné pour la production de ton nouvel album. Comment l'as-tu contacté ?

    GR : Effectivement, il a grandi dans la Northern Soul. Après le premier album, j'ai signé chez Sony, et je savais que j'aurais accès à des producteurs réputés. J'ai donné quelques noms à la maison de disques, dont Edwyn Collins. On l'a contacté, on lui a envoyé les démos, ça l'a intéressé. Ensuite, nous nous sommes rencontrés à Londres : nous nous sommes rendus compte que nous avions les mêmes influences. Sur les démos, ce qu'il entendait, c'est ce que j'avais voulu faire.

    B&G : Comment s'est passé l'enregistrement avec lui ? Il t'a aidé à peaufiner les morceaux, il a amené une touche personnelle ?

    GR : Je suis arrivé en studio avec certains morceaux très avancés et d'autres moins. Mais ce que je voulais d'abord, c'était le son : qu'il me garantisse le son que je fantasmais, et qu'il me garantisse aussi la qualité des arrangements. Il est allé chercher des musiciens avec qui il a l'habitude de travailler : les cuivres des Dexy's Midnight Runners, des super cordes, deux choristes incroyables qui sont des chanteuses gospel. Il m'a aussi permis de corriger des petites choses un peu bancales : par exemple une ligne de basse qui ne fonctionnait pas sur une chanson… Il est très fort pour détecter cela et trouver des solutions.

    B&G : Comment se passe la transposition sur scène de ce nouvel album ?

    GR : Au début, j'avais un peu peur car on n'avait quasiment jamais joué ces chansons sur scène avant de les enregistrer. Comme il y a beaucoup d'arrangements, on se demandait aussi comment elles allaient tenir sur scène. Il a fallu les adapter et les délester. Là, je suis vraiment content car on a trouvé la bonne formule.

    B&G : Summer's Gone est une très belle ballade. Un mélange de guitares à la limite de la country, de chant à la Elvis en mode crooner, et d'arrangements très luxuriants comme tu le disais précédemment.

    GR : C'est une de mes chansons préférées. J'aime beaucoup ce morceau, je voulais quelque chose de large, d'ambitieux, d'agréable.

    B&G : Night in the City est une autre ballade très réussie, dans le style de Buddy Holly. Elle évoque Johnny Marr et Morrissey. Le groupe The Smiths a été une influence pour toi ?

    GR : Oui. Je pense que j'ai écouté les mêmes disques que Morrissey et Marr, que nous avons des influences musicales communes. Leur duo de songwriters était exceptionnel, certaines chansons des Smiths étaient tout simplement magnifiques. Morrissey est un gars qui me fascine totalement. Sur scène, je lui ai d'ailleurs piqué pas mal de petits trucs.

    B&G : Les premiers accords rappellent Earth Angel des Penguins (lien YouTube), que Marty Mc Fly joue dans le film "Retour Vers le Futur".

    GR : Oui. C'est le même corpus de chansons. J'avais envie de faire un slow à la Platters.

    Interview de Gaspard Royant, 21 juin 2016

    Concert de Gaspard Royant à La Maroquinerie le 11 avril 2016

    B&G : Certaines chansons font aussi penser aux groupes anglais des 60's : Cutest in Town, et le début de Hard Times qui a un côté The Who. D'ailleurs, sur scène, toi et ton groupe, vous nous rappelez un peu les Who des débuts et les groupes mods.

    GR : Merci. Ça me fait vraiment plaisir. Des groupes comme les Who et les Kinks font partie de nos références. Avec mes musiciens, on part du principe que, sur scène, nous n'utilisons rien d'autre que nos instruments : pas de SPD, pas de bandes. Dans beaucoup de concerts auxquels je vais, je m'ennuie un peu : les musiciens semblent enchaînés à leurs bandes. J'ai envie de l'inverse : sur scène on est un groupe de rock, et le but du jeu c'est de défourailler.

    B&G : 7" Club est une chanson soul à la limite du ska, un peu dans la lignée de The Specials ou de The Dead 60's, avec une rythmique très syncopée.

    GR : C'est un morceau qui sonne très anglais, un peu mauvais garçon, un peu prétentieux.

    B&G : On te rencontre un 21 juin, jour de l'été. Quelle serait ta playlist idéale pour l'été ?

    GR : - Weezer : Photograph (lien YouTube)

    - Bobby Hebb : Love Love Love (lien YouTube)

    - MGMT : Time to Pretend (lien YouTube)

    - Van Morrisson : Brown Eyed Girl (lien YouTube)

    - Neutral Milk Hotel : In The Aeroplane Over the Sea (lien YouTube)

    B&G : On va finir avec l'interview « dernier coup ». Dernier coup de cœur ?

    GR : La dernière chanson de Johanna Wedin et Jean Felzine, Je t'Aurai. La mélodie est très jolie.

    B&G : Dernier coup de blues ?

    GR : Pas de coup de blues en ce moment. A part peut-être le matin, quand je me réveille et que je vois le temps ...

     B&G : Dernier coup de rouge ?

    GR : C'était hier soir dans notre local de répétition. Il y fait 140°. Donc on boit. Et ça finit très mal.

     

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  • Interview de Sébastien CREPINIOR, du groupe Thesaintcyr (22 février 2016).

    Par Baptiste et Gérald PETITJEAN.

    Rencontre avec Sébastien Crépinior, hyperactif de la musique, passionné de post-punk et de new wave, et chanteur du groupe Thesaintcyr, qui sera à l'affiche de la deuxième édition de "This is French Pop" le vendredi 11 mars.

     

    Interview du groupe Thesaintcyr, 22 février 2016

    LA MUSIQUE, UN SACERDOCE

    Baptiste & Gérald : Sébastien, nous t’avons connu il y a un an à l’occasion de la première édition de « This is French Pop ». Et, depuis, on a constaté que tu es impliqué dans de très nombreux projets : le groupe Thesaintcyr, l’organisation de concerts, l’animation d’émissions de radio, … On a l’impression que tu es un hyperactif de la musique. Comment arrives-tu à faire tout cela ?

    Sébastien Crépinior : Vous m’avez bien défini. Je suis vraiment hyperactif, je cours tout le temps. Attention, même si je ne calcule pas ma dépense d’énergie, je réfléchis à ce que je fais, je ne cours pas n’importe comment, dans n’importe quelle direction (rires). Et, de temps en temps je reste chez moi, les volets clos, car je suis épuisé et j’ai besoin de recharger mes batteries. C’est un peu comme un sacerdoce, une mission. Je ne vis que pour la musique. Quand j’étais petit, et que je me promenais avec ma mère dans un supermarché, j’étais captivé par la musique ambiante. C‘est génétique : mon demi-frère Boris, qui a connu la fameuse scène new wave de Rennes, musicien d’Etienne Daho et d’Ubik, a peut-être inconsciemment creusé les sillons pour moi.

    UN HYPERACTIF DE LA MUSIQUE.

    B&G : On imagine que tu as dû commencer à prendre des cours de musique assez tôt ?

    SC : Oui. A cinq ans, ma mère m’a inscrit à des cours de piano. Je rêvais déjà de musique, même si c’était inconscient. Ensuite, vers 12 ans, c’est devenu plus conscient, et puis j’ai découvert très tôt beaucoup de groupes new wave. Depuis, je n’ai jamais cessé d’être actif musicalement et j’ai voulu que ma vie tourne entièrement autour de la musique.

    B&G : Tu peux nous parler plus précisément des projets dans lesquels tu es impliqué actuellement ?

    SC : Il y a déjà les émissions de radio. Je participe au Tohu-Bohu sur Radio VL. C’est une émission assez qualitative et pointue animée par Clément Bustelo, dans laquelle on parle d’artistes indé, dans différents styles musicaux : les musiques urbaines, hip-hop et soul, l’électro, le post-punk, la pop, … J’interviens aussi dans Fréquence Guasch sur IDFM Radio Enghien, une radio généraliste animée par le Yeti. Cette émission, qui dure 2 heures et qui est diffusée tous les jeudis, est consacrée à la new wave et au post-punk.

    B&G : Tu participes aussi à Indézine

    SC : Oui. J’ai participé à sa création. C’est un journal papier de type fanzine. Coïncidence malheureuse, on avait rendez-vous pour démarrer le journal le jour même des attentats de Charlie Hebdo. C’est un peu fou de se lancer dans un journal papier aujourd’hui. Beaucoup de personnes ont apporté leur contribution, dont Alain Crabot, qui était le premier directeur des maisons de la culture à Paris, qui a travaillé avec Nino Ferrer entre autres. Nous avons également eu le soutien de Pierre Mikaïloff. Vincent, le rédacteur en chef d’Indézine, doctorant en philosophie, ancien animateur de radio sur Radio Campus Bretagne, a aussi son propre groupe Trouble Nocturne. Félix, de Central Express, est aussi le programmateur de la Féline. Sans oublier Guillaume, du même groupe, qui assure la mise en page, ainsi que d’autres intervenants du milieu indé.

    B&G : Toi aussi, tu organises des concerts …

    SC : Je suis directeur artistique du Buzz, à Belleville. Hier soir, j’ai assisté à un super concert : Helicon, un excellent groupe psyché de Glascow. J’organise aussi des concerts dans d’autres lieux, comme la Petite Maison, un squat artistique du quartier Charonne.

    B&G : Quels sont les concerts qui t’ont marqué, parmi ceux que tu as organisé au Buzz ?

    SC : Last Night, le groupe de Pat, le bassiste de Frustration. Crimson Muddle, un groupe gothique exceptionnel. Trouble Fait’, un groupe de Lille qui est assez connu en Angleterre.

    B&G : Et TSC Records ?

    SC : C’est un label associatif. Le but est de produire et d’éditer à petite échelle. Je vais éditer en support physique une compilation de reprises de Joy Division, à laquelle on a participé avec Thesaintcyr (pour la reprise d’Atmosphere). Et produire les groupes Peur Secrète et Trouble Nocturne. J’organise aussi la sélection de groupes pour un festival écologique dans l’Aube (Eco Rock Aldo’s), avec le collectif  City Rock.

    THESAINTCYR

    B&G : On en arrive à ton groupe Thesaintcyr. Comment a démarré l’aventure ?

    SC : C’est mon premier groupe. Au départ, c’était un duo, avec un ami, Yann Bellot, qui venait des Beaux Arts. L’idée de départ, c’était de faire de l’art total, inspiré de la Factory : mélanger la musique, la poésie et les arts graphiques. On faisait des concerts dans des galeries d’art contemporain. On jouait une musique très minimaliste, dans un esprit no wave, entre James Chance et  Suicide.

    B&G : Pourquoi le nom Thesaintcyr ?

    SC : Il y a plusieurs explications. Mon surnom, c’était Creps, mon ami s’appelait Yann, et il y avait une autre personne avec nous qui s’appelait Rodolphe. Les initiales mises bout à bout, ça donne CYR.  Thesaintcyr, je trouve ce nom assez beau au niveau graphique.

    B&G : Une fois cette première formation en duo terminée, que s’est-il passé ? Comment t’ont rejoint les membres actuels du groupe ?

    SC : Flora a rejoint Thesaintcyr en tant que bassiste en janvier 2010, six mois avant le départ de Yann.  Le point de départ du groupe actuel (Flora, José et moi), c’est le douzième anniversaire du Batofar, le 15 février 2011. José a intégré le groupe pour jouer à cette occasion. Il y avait une très belle affiche : Prohom et le groupe Lazare, avec des musiciens de Supergrass et le batteur de Julian Lennon. On a eu de très bons retours sur notre concert. Et on a décidé de continuer et d’enregistrer notre premier album « I’m waiting for the black day ».

    Interview du groupe Thesaintcyr, 22 février 2016

    B&G : Tu connaissais José et Flora ?

    SC : Oui. C’est une histoire de famille. José est mon frère. Et Flora est la petite amie du frère de ma compagne.

    B&G : Quel est leur parcours ?

    SC : Flora a fait des études philosophie, elle s’intéressait beaucoup au théâtre et à la musique et hésitait entre les deux. Finalement, elle a tranché et choisi la musique. C’est une excellente guitariste et bassiste, et aussi une pianiste très douée. Elle a démarré la musique très jeune, elle a toujours baigné dans cet univers. Pendant les concerts, elle passe de la guitare à la basse. Quant à José, c’est un pianiste classique qui aime aussi beaucoup la musique électronique et le travail sur les sons.

    B&G : Comment se passe la composition des morceaux ?

    SC : C’est assez collégial. La création se fait souvent en répétition. Quand on ne peut pas se voir physiquement, on enregistre une idée et on l’envoie aux autres, puis chacun y apporte une touche. Pour ma part, je trouve souvent une mélodie avec ma voix. Mais, tant qu’on ne l’a pas joué ensemble en répétition, ce n’est pas un morceau de Thesaintcyr.

    B&G : Comment s’était passé l’enregistrement du premier album de Thesaintcyr, « I’m waiting for the black day ».

    SC : J’étais déjà allé en studio pour travailler avec d’autres groupes, par exemple pour faire un peu de clavier et chanter sur des projets. Mais, là, c’était la première fois avec un projet personnel, en tant qu’auteur – compositeur. C’était un aboutissement, avec des morceaux qu’on jouait parfois depuis longtemps en concert, qui avaient mûri petit à petit. On a enregistré au studio du Poisson Barbu, avec Léonard Mule comme ingénieur du son, et qui, en pratique, avait un vrai rôle de réalisateur.

    B&G : Comment définirais-tu la couleur de ce premier album ?

    SC : L’influence principale était la new wave, en particulier Marquis de Sade. Mais il y avait aussi d’autres influences : le cabaret, le ska, des réminiscences gothiques. Même s’il y avait une ligne directrice, il y avait des écarts assez importants entre les chansons. Cela pouvait être déstabilisant, c’était un peu compliqué de rentrer dedans. Mais des personnes ont compris notre musique, ont cru en cet album et nous ont beaucoup aidé : Xavier Chezleprêtre de l’agence Attitude, qui est devenu notre attaché de presse web.  Mike Mercer, un très bon journaliste du Melody Maker, et  Marco Rocha, qui a une radio au Pérou et à New York, ont diffusé nos titres.

    BIENTÔT UN DEUXIÈME ALBUM

    B&G : Vous travaillez actuellement sur votre deuxième album ?

    SC : Oui. Ca fait environ un an et demi environ que l’on réfléchit à ce deuxième album. Nous sommes largement dans les temps, on dispose de premix très avancés. On va arriver bientôt en studio avec des certitudes. L’album sera plus produit, avec plus d’arrangements, avec des idées et des nuances qu’on n’avait pas pu exprimer auparavant. Les chansons seront plus posées, douces et mélodiques. J’ai fait une belle rencontre avec Pascale Le Berre, ex Marc Seberg et Philippe Pascale, qui a aussi travaillé avec Alan Stivell, Alex Beaupain ou Steve Hewitt, qui a accepté de le réaliser. On a choisi d’enregistrer au studio La Chocolaterie : Pascale connaît très bien l’ingé son Clive Martin, qui a collaboré avec Marc Seberg et The Cure pour ne citer qu’eux. Pour l’instant, on n’a pas encore fixé de date pour sortir cet album. Et on ne sait pas encore avec qui on le sortira.

    B&G : Quels sont les groupes qui t’ont donné envie de faire de la musique ?

    SC : The Cure, The Smiths, The Specials, Run Dmc. Je trouve que Robert Smith est vraiment d’un professionnalisme incroyable. J’aime aussi beaucoup Morrissey. Il est unique, avec une poésie et une sensibilité extrêmes. Quand j’écoute Everyday is like Sunday ou There is a light that never goes out, ça me fait pleurer.

    B&G : Et plus récemment, quels sont les groupes qui t’ont marqué ?

    SC : Motorama, Savages, Chvrches, The Soft Moon, She Past Away. En France, j’aime bien Giirls.

    INTERVIEW DERNIER COUP

    B&G : On va finir l’interview avec le traditionnel questionnaire « Dernier Coup ». Dernier coup de cœur ?

    SC : Hier. Pour le groupe écossais Helicon. Pour la musique et pour les personnes, qui sont disponibles et adorables. La grande classe.

    B&G : Dernier coup de blues ?

    SC : La rue de la fontaine au roi. A cause des attentats et du gars qui a vendu sa vidéo aux journalistes …

    B&G : Dernier coup de gueule ?

    SC : C’est lié au manque de soutien des institutions pour le milieu indé ! Ce qui a pour conséquence de laisser beaucoup de groupes sur le côté, qui ne peuvent pas terminer leur projet.

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